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Viande de brousse : le Gabon engage la formalisation du secteur

Le Gabon amorce un tournant dans la gestion de la viande de brousse. Réunis jeudi à Libreville dans le cadre d’un atelier stratégique organisé par le ministère des Eaux et Forêts, les autorités gabonaises, appuyées par la FAO et l’Union Européenne, ont lancé les bases d’une future stratégie nationale destinée à encadrer durablement cette filière encore largement informelle.

Au cœur des échanges : la nécessité de trouver un équilibre entre préservation de la biodiversité, sécurité alimentaire et réalités économiques des populations. Selon les données présentées lors des travaux, environ 17 tonnes de viande de brousse seraient consommées chaque année au Gabon, preuve du poids considérable de cette activité dans les habitudes alimentaires du pays.

Longtemps tolérée sans véritable mécanisme de contrôle, la filière fait désormais face à plusieurs enjeux majeurs. La demande croissante en protéines animales dans les centres urbains, le développement des réseaux commerciaux informels, la pression exercée sur certaines espèces sauvages ainsi que les risques sanitaires liés à une exploitation non régulée préoccupent de plus en plus les autorités.

Pour le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogho, il devient indispensable d’adapter la gestion des ressources fauniques aux nouvelles réalités démographiques et économiques du pays. Le membre du gouvernement estime que la préservation de la biodiversité ne peut plus être dissociée des questions de sécurité alimentaire et de développement local.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme SWIM (Sustainable Wildlife Management), financé par l’Union Européenne. Le dispositif repose sur plusieurs années de recherches scientifiques et de collecte de données destinées à mieux comprendre les dynamiques de consommation et de commercialisation de la viande de brousse au Gabon.

Selon la FAO, ce travail de fond doit désormais déboucher sur un cadre réglementaire clair capable d’organiser l’ensemble de la chaîne, depuis l’exploitation jusqu’à la commercialisation. L’objectif affiché est de sortir progressivement le secteur de l’informel tout en limitant les impacts sur les écosystèmes.

La stratégie nationale en préparation s’articule autour de cinq priorités : le renforcement du cadre juridique et institutionnel, l’amélioration des connaissances scientifiques, le développement d’une filière mieux structurée, l’appui aux aires communautaires de gestion de la faune et la formalisation du commerce de viande de brousse.

Pour l’Union européenne, partenaire du projet, cette démarche vise également à accompagner les communautés qui dépendent encore fortement des ressources forestières pour leur alimentation et leurs revenus. Bruxelles défend ainsi une approche qui tente de concilier impératifs écologiques et réalités sociales.

À travers cette réforme, le Gabon ambitionne, à l’horizon 2036, de mettre en place un système dans lequel les populations disposeront de droits, mais aussi de responsabilités clairement définis en matière de chasse, de consommation et de commercialisation.

Derrière cette volonté de régulation se dessine surtout un défi majeur pour les autorités : réussir à structurer un secteur profondément enraciné dans les pratiques culturelles et économiques du pays, sans provoquer de rupture avec les populations qui en vivent quotidiennement.

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