
Alors que les pays de la Cemac ont tous annoncé des budgets records pour 2026, une tendance lourde se dessine. La priorité absolue est donnée aux grandes infrastructures. Si les routes et l’énergie sont indispensables au développement, la part réservée au social direct interroge.

C’est le paradoxe de ce début d’année 2026. Jamais les États de la Cemac n’ont aligné autant de milliards, et jamais la promesse d’une « transformation structurelle » n’a été aussi forte.
Mais à y regarder de plus près, la ventilation de ces fortunes budgétaires révèle un choix stratégique clair, celui du béton avant le social.
Les budgets des grands travaux

Les chiffres donnent le vertige et la direction. Au Gabon, les investissements publics explosent pour atteindre 2 119 milliards de F CFA.
Un quadruplement historique par rapport à la moyenne des dernières années. La priorité est donnée aux routes, à l’énergie et aux infrastructures.
Même son de cloche au Cameroun, où plus de 2 000 milliards de F CFA sont fléchés vers la structuration physique de l’économie.

Sans routes pour transporter les marchandises et sans électricité pour faire tourner les usines, il n’y a pas d’économie, donc pas d’emplois.
C’est le pari du « ruissellement » à long terme. Mais cette stratégie macroéconomique, aussi pertinente soit-elle sur le papier, demande du temps.
Un temps que les populations, confrontées à la vie chère, n’ont pas forcément.
Des miettes pour le social

Face à ces mastodontes d’investissements « durs », les volets purement sociaux semblent parfois peser peu. Certes, des efforts sont visibles.
Le Cameroun lance un fonds d’autonomisation des femmes et des jeunes doté de 50 milliards de F CFA.
Le Congo et la Guinée Équatoriale promettent de renforcer les filets sociaux grâce aux marges dégagées par la rigueur administrative.

Toutefous, les 50 milliards du fonds social camerounais ne représentent que 2,5 % de l’enveloppe allouée aux investissements infrastructurels.
Le risque est de voir se développer une économie à deux vitesses avec des indicateurs macroéconomiques qui verdissent grâce aux grands chantiers, et un quotidien des ménages qui stagne, dans l’attente des retombées hypothétiques de ces travaux.
L’urgence de l’inclusion

En 2026, le défi pour les six capitales de la zone ne sera pas seulement de livrer les chantiers dans les délais, mais de s’assurer que cette croissance ne reste pas prisonnière des statistiques.
Si l’inflation, surveillée comme le lait sur le feu par la BEAC, venait à déraper, l’acceptabilité sociale de ces budgets « bétonnés » pourrait s’effriter.

Pour le Tchad et la RCA, où les besoins primaires en eau, en énergie et en sécurité alimentaire sont vitaux, ou pour le Gabon en plein renouveau, l’équation est périlleuse.
Il s’agira de prouver, avant la fin de l’exercice budgétaire, que la route qui se construit apporte aussi le pain sur la table.



