Fin de règne pour Pierre Alain Mouguengui à la FEGAFOOT, entre scandales et promesses trahies
Le football gabonais se trouve à la croisée des chemins. Pendant plus d’une décennie, Pierre Alain Mouguengui a tenu les rênes de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT), mais son règne laisse derrière lui un terrain miné de scandales, de promesses non tenues et de dysfonctionnements structurels. Aujourd’hui, son « ultime mandat » sonne comme une ironie cruelle : peut-on encore parler de légitimité lorsqu’une présidence s’efface sous le poids de l’ombre ?
Depuis sa prise de fonction en 2014, Mouguengui a accumulé les échecs là où le football gabonais aurait dû briller. Le championnat local reste un chantier inachevé, les primes des joueurs des équipes nationaux sont régulièrement retardées, et les jeunes talents des catégories inférieures s’éteignent dans l’oubli, incapables de participer aux éliminatoires des compétitions africaines.
Quant à l’équipe féminine, elle ressemble plus à un mirage qu’à un projet concret : aucune compétition régulière, pas de matchs amicaux, et un championnat promis mais jamais organisé. Les promesses ont germé, mais le terrain est resté désert.
Le football gabonais a donc été dirigé par un président qui semble avoir oublié que diriger une fédération, ce n’est pas seulement aligner des titres honorifiques, mais surtout assurer la vie et l’avenir du football.
Des zones d’ombre qui font tache

Au-delà des manquements organisationnels, des affaires plus graves assombrissent le bilan de Mouguengui. Les révélations du quotidien britannique The Guardian en décembre 2021 ont exposé des abus sexuels sur une centaine de jeunes footballeurs gabonais. Convoqué par la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire (DGCISM) le 21 avril 2022, Mouguengui a été mis en examen pour « non-dénonciation de crimes de pédophilie ».
Bien que sorti de prison après 6 jours, la question demeure : ces affaires ont-elles vraiment été traitées ? Le silence et le manque de transparence sur ce dossier sont un fardeau pour toute institution sportive. Le football gabonais n’a pas seulement besoin de ballons, il a besoin de vérité.
Illégitimité statutaire : le mandat impossible

Statutairement, le sujet est clair. Les textes de la FEGAFOOT stipulent :
« Le Président et les autres membres (incluant les vice-présidents) ne peuvent effectuer plus de trois mandats au total, qu’ils soient consécutifs ou non. »
Pierre Alain Mouguengui, actuel 3ᵉ vice-président de la CAF et président de la FEGAFOOT depuis 2014, arrive donc au terme de son troisième et dernier mandat, confirmé par ses propres mots en 2022 lors d’un discours à Lambaréné :
« Je dédie ce ultime mandat à venir »
Le mot « ultime » sonne comme un couperet. Et malgré l’attente, aucune déclaration récente de Mouguengui ne suggère qu’il entend respecter ces règles : sa candidature serait tout simplement inacceptable, à la fois légalement et moralement.
Rémy Ebanega, ancien joueur des Panthères, a rappelé cette évidence sur Facebook :
« M. Pierre Alain Mouguengui ne pourra pas briguer un nouveau mandat à la tête de la FEGAFOOT car il n’est plus éligible statutairement. »
Le temps du compte à rebours

Pierre Alain Mouguengui quitte la FEGAFOOT avec un bilan lourd, jonché de dysfonctionnements, d’affaires obscures et de promesses trahies. Ses ambitions futures semblent en décalage avec la loi et avec le besoin urgent de transparence dans le football gabonais.
Le Gabon est à un tournant : il doit tourner la page de ce mandat tumultueux et poser les fondations d’une fédération digne de fans du football gabonais, capable de nourrir les rêves des jeunes et de restaurer la confiance des supporters.
Le message est clair : le football gabonais mérite mieux que des illusions de continuité et des silences gênants. Pierre Alain Mouguengui a fait son temps ; place à ceux qui ont la légitimité de rêver et de construire.



