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Régab : SOBRAGA ajuste ses prix, un signal sensible pour les consommateurs gabonais

Après seize années de stabilité tarifaire, la Société des Boissons Rafraîchissantes du Gabon (SOBRAGA) a procédé à un réajustement des prix de la Régab, bière emblématique du paysage gabonais. Désormais, la bouteille de 65 cl est vendue à 600 FCFA, tandis que le format 33 cl passe à 350 FCFA. Une hausse présentée comme « mesurée » par l’entreprise, mais qui n’en demeure pas moins lourde de sens dans un contexte de forte pression sur le pouvoir d’achat.

Officiellement, la décision s’explique par l’augmentation continue des coûts de production : matières premières, énergie, transport, fiscalité. Des arguments classiques, entendables sur le plan économique, d’autant plus que la SOBRAGA affirme avoir absorbé ces hausses pendant plus d’une décennie sans toucher aux prix. L’ajustement ne concerne d’ailleurs que certains formats, une manière, selon l’entreprise, de limiter l’impact sur les consommateurs tout en préservant l’équilibre financier et la continuité de la production sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones les plus enclavées.

Mais au Gabon, la Régab n’est pas un produit comme les autres. Elle est à la fois boisson populaire, marque identitaire et baromètre social. Dans l’imaginaire collectif, toucher au prix de la Régab revient à toucher à un symbole. Et l’histoire récente du pays a souvent montré que l’augmentation de certains produits de grande consommation, ou leur rareté, peut agir comme un détonateur social. « Quand la Régab augmente, c’est que quelque chose ne va pas », glisse un habitué des bars de quartier, mi-ironique, mi-inquiet.

Cette hausse intervient surtout dans un contexte où les ménages gabonais font déjà face à une érosion constante de leurs revenus. Inflation persistante, salaires stagnants, chômage élevé chez les jeunes : pour beaucoup, chaque augmentation, même jugée “limitée”, s’ajoute à une longue liste de renoncements. Si 50 ou 100 FCFA peuvent sembler dérisoires dans les bilans comptables, ils pèsent autrement dans le quotidien de ceux pour qui la Régab reste l’un des rares plaisirs accessibles.

La SOBRAGA, pilier historique de l’industrie agroalimentaire nationale depuis les années 1960, rappelle son rôle central dans l’économie : emplois directs et indirects, contribution fiscale, culture brassicole, industrialisation locale. Sa longévité et sa capacité à maintenir des prix stables pendant seize ans témoignent, il est vrai, d’une certaine résilience. Mais cette position stratégique l’expose aussi à une exigence particulière : celle d’être en phase avec la réalité sociale du pays.

Au-delà de la hausse elle-même, c’est donc la question de l’impact social qui se pose. La Régab a longtemps été perçue comme un produit “du peuple”, relativement épargné par les logiques inflationnistes. En y touchant, même prudemment, la SOBRAGA envoie un signal qui dépasse le strict cadre économique. Un signal que les autorités, comme les acteurs sociaux, devront observer avec attention. Car au Gabon, on le sait, certaines augmentations ne se mesurent pas seulement en chiffres, mais en ressentis. Et parfois, en colère.

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