Critiques
Tendance

La Médiature de la République : une dépense publique de plus en plus contestée

Dans un contexte de fortes tensions sociales et de contraintes budgétaires persistantes, la question de l’efficacité réelle de certaines institutions publiques refait surface. La Médiature de la République, censée incarner un outil central de régulation entre l’administration et les citoyens, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat de fond : celui de son utilité concrète face aux enjeux nationaux.

L’expérience a souvent démontré que les États désireux de restaurer l’équilibre de leurs finances publiques disposent d’un levier plus durable que l’augmentation de la pression fiscale : la rationalisation des dépenses. C’est précisément sous cet angle que la Médiature de la République est désormais scrutée. Créée par l’ordonnance n°016/PR/2021 du 13 septembre 2021 et renforcée par la loi n°002/2022, cette autorité administrative indépendante a pour mission d’assurer la médiation, la concertation, la protection et la promotion des droits des citoyens face aux administrations, collectivités locales et établissements publics.

Sur le papier, le rôle est stratégique. Dans les faits, son action demeure largement invisible, y compris dans des crises majeures comme celle qui frappe actuellement l’Éducation nationale. Alors que ce conflit oppose directement des agents publics à l’administration et menace l’année scolaire, la Médiature de la République n’a engagé aucune initiative publique notable. Elle n’est impliquée ni dans la commission tripartite mise en place par le gouvernement, ni dans les discussions avec les syndicats. Ce silence institutionnel a conduit à une situation pour le moins paradoxale : c’est un député, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, qui a été sollicité pour jouer un rôle de facilitateur dans les négociations.

Cette absence interroge d’autant plus que le Gabon compte à peine deux millions d’habitants et connaît une défiance élevée vis-à-vis du système judiciaire. Dans un tel contexte, une institution de médiation devrait être en première ligne, visible, proactive et crédible. Or, l’écart entre la mission assignée et l’action observée nourrit un sentiment croissant de déconnexion avec les réalités sociales.

La question des coûts renforce ce malaise. Selon le décret n°0464 Ter/PR/M du 14 novembre 2025 portant organisation du Cabinet du Médiateur de la République et de celui du Médiateur adjoint, l’institution mobilise au minimum seize agents, hors personnels annexes. Le Cabinet du Médiateur comprend notamment un chef de cabinet, plusieurs conseillers (juridique, communication, diplomatique, technique), deux chargés d’études, des secrétaires, un aide de camp, un agent de sécurité et un chauffeur. À cela s’ajoute le Cabinet du Médiateur adjoint, doté de sa propre équipe comprenant secrétaire, chargé d’études, chauffeur et aide de camp.

À ces effectifs s’ajoutent naturellement les coûts de fonctionnement : salaires, avantages en nature, parc automobile, sécurité et charges administratives. Autant de dépenses assumées par le budget de l’État, dans un pays où les priorités sociales telles que l’éducation, la santé, l’emploi, restent sous forte pression.

Sans remettre en cause le principe même de la médiation institutionnelle, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander une évaluation rigoureuse de la Médiature de la République. Quelle est sa valeur ajoutée réelle ? Quels résultats concrets peut-elle revendiquer depuis sa création ? Et surtout, comment justifier son maintien en l’état si elle demeure absente des crises les plus structurantes de la vie publique ?

À défaut de réponses claires, le risque est grand de voir cette institution perçue non plus comme un instrument de régulation démocratique, mais comme une dépense publique peu productive. Dans un contexte où chaque franc investi devrait produire un impact mesurable, la Médiature de la République se retrouve face à une exigence simple : prouver son utilité, ou accepter que son rôle et son format soient profondément réinterrogés.

Articles connexes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page