
C’est un changement de doctrine silencieux mais radical qui s’opère dans les couloirs du ministère de l’Économie. La Loi de finances 2026 acte la fin de l’État-providence distributeur de subventions à fonds perdus, au profit d’un « État-investisseur » plus agressif. Avec 13,8 milliards de FCFA mobilisés pour des prises de participation ciblées, Le Gabon parie sur la rentabilité.

Fini le « guichet ouvert ». En 2026, l’État gabonais veut finir avec les « guichets ouverts » pour enfin posséder.
Les documents budgétaires consultés révèlent une stratégie une entrée au capital d’entreprises jugées structurantes pour peser sur les décisions et, à terme, espérer des dividendes.
Une somme de 13,8 milliards de FCFA est fléchée vers cette stratégie, marquant une rupture avec les exercices précédents.
Le pari de l’agro-industrie

Le gros morceau de cette enveloppe, soit près de 30 %, est destiné à ce que l’exécutif appelle « l’économie réelle ».
L’opération la plus emblématique est l’acquisition de 35 % des parts de la société Agro Business Group pour un montant de 3,95 milliards de FCFA.
L’objectif est de diversifier une économie encore trop dépendante du pétrole et sécuriser l’approvisionnement alimentaire.

Après les milliards mobilisés par la BCEG dans le secteur avicole, l’État semble vouloir reprendre la main sur la chaîne de valeur agricole.
Reste une question en suspens, celle de savoir si l’État sera un meilleur gestionnaire que le privé dans un secteur où les initiatives publiques passées comme Agrogabon, ont laissé des souvenirs mitigés ?
Cas de l’Aérien et du Logement

Avec 1 milliard de FCFA injecté dans le projet Fly Gabon Holding, les autorités tentent de structurer un pôle aérien national.
Si le mot d’ordre est la « souveraineté », le montant peut sembler modeste pour une industrie aussi capitalistique que l’aviation.
S’agit-il d’un véritable redécollage ou d’une simple mise sous perfusion d’une structure de gestion ?

À l’inverse, le volet social semble être le parent pauvre de cette redistribution de fonds.
Seulement 150 millions de FCFA sont prévus pour une entrée au capital de Shelter pour le logement.
Une somme qui paraît dérisoire face à la crise du secteur à Libreville, et qui interroge sur l’équilibre réel entre ambition économique et urgence sociale.
L’État peut-il tout faire ?

Avec cette transformatiô en actionnaire, l’État espère transformer la dépense publique en investissement rentable.
Une doctrine séduisante sur le papier mais dans un contexte de contraintes budgétaires avouées, comporte le risque de disperser de précieuses ressources publiques dans des entreprises qui, si elles sont mal gérées, pourraient devenir non plus des actifs, mais de nouveaux passifs pour les finances du pays.
L’année 2026 dira si ce pari de « l’État stratège » était le sursaut nécessaire ou une aventure coûteuse.



