Haut Conseil National des Sages : la sagesse institutionnelle ou la tentation du recyclage politique ?

Présentée comme une initiative de transmission et de conseil, la proposition de création d’un Haut Conseil National des Sages de la République (HCSR) suscite déjà de sérieuses interrogations quant à sa pertinence et sa réelle utilité dans le contexte actuel au Gabon. Derrière le discours consensuel sur la valorisation de l’expérience des anciens se profile, pour bon nombre d’observateurs, le risque d’un énième organe consultatif sans impact réel.
La création d’un Conseil National des Sages est-elle nécessaire pour le Gabon?
L’argument de la « sagesse des aînés », régulièrement invoqué pour justifier ce projet, mérite d’être questionné. Le Gabon n’est pas en déficit d’institutions, ni même de conseils, il souffre avant tout d’un manque d’efficacité, de résultats concrets et de responsabilité publique. Avant d’imaginer une nouvelle structure, il serait légitime de s’interroger sur l’état et l’utilité des organes déjà existants, parmi lesquels, le Médiateur de la République, une institution qui peine aujourd’hui à être visible, audible et influente.
Une charge supplémentaire pour le gouvernement
La création d’un Haut Conseil National des sages n’apparaît pas comme une solution aux besoins du pays, elle nourrit le soupçon d’une manœuvre destinée à offrir des points de chutes honorifiques à d’anciens responsables politiques et administratifs réticents à quitter la sphère publique. L’expérience gabonaise montre que ce type d’organe même qualifié de « consultatif », finit rarement par fonctionner sans avantages matériels : salaires, véhicules de fonction, logements, personnels d’appui. Autant de charges nouvelles pour les finances publiques, dans un pays où les priorités devraient être ailleurs.
Mauvais choix de priorités et jeune laissée pour compte
Les urgences sont connues et largement documentées : crise de l’éducation, fragilité du système de santé, chômage massif des jeunes diplômés, précarité croissante, problèmes d’accès à l’eau et à l’électricité, gouvernance administrative défaillante. La jeunesse gabonaise, souvent invoquée comme bénéficiaire potentielle de ce futur conseil, s’attend elle, à des opportunités réelles, de l’emploi, des politiques publiques efficaces et des institutions crédibles.
Pour finir, il serait plus cohérent de renforcer les institutions existantes, d’évaluer leur efficacité en redonnant une réelle visibilité au Médiateur de la République, au risque de voir le HCSR rejoindre la longue liste des structures symboliques, coûteuses et peu utiles, qui donnent l’illusion de l’action tout en détournant l’attention des véritables réformes attendues par les Gabonais.



