Société

Habitat : Désillusion pour les déguerpis de Plaine Orety ?

L’incompréhension grandit chez les déguerpis de Derrière l’Assemblée. Quelques mois après leur relogement à Bikélé, dans la commune de Ntoum, plusieurs bénéficiaires disent découvrir une réalité bien différente de celle qui leur avait été présentée lors des cérémonies officielles.

À l’époque, le discours était clair. L’ancien ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Ludovic Megne Ndong, avait évoqué des maisons « offertes » par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, dans le cadre des mesures d’accompagnement des opérations de déguerpissement. Le terme de gratuité avait été employé. Les logements étaient présentés comme une réponse sociale forte, un geste présidentiel envers des familles brutalement déplacées.

Mais le courrier récemment adressé aux bénéficiaires par la Société Nationale Immobilière (SNI) semble raconter une autre histoire.Dans cette lettre d’« Attribution du logement n°1000, Commune de Ntoum au lieu-dit Bikélé », la SNI précise que l’occupant est invité à signer « un contrat de location assortie d’une promesse de vente sur une durée de vingt-cinq (25) ans ». Plus loin, le document détaille les conditions financières : « Paiement sur 300 mois. Total à payer à l’issue des 300 mois : FCFA 15.000.000. Soit un loyer mensuel sans apport initial : FCFA 50.000 ». Autrement dit, 50 000 francs CFA par mois pendant 25 ans, pour un montant global de 15 millions de francs CFA, hors frais annexes (frais de dossier non remboursables, frais cadastraux, frais de publicité foncière).

Pour des familles déjà fragilisées par la perte de leur cadre de vie initial, la surprise est de taille. Beaucoup affirment n’avoir jamais été informées d’un tel mécanisme financier. Le terme « offert » résonne aujourd’hui comme une promesse contredite par les faits.

Le courrier va plus loin : « Sans réponse de votre part dans un délai de huit (8) jours (…) nous serons dans l’obligation d’annuler la présente attribution et de céder le logement à un autre demandeur. ».

Une formulation perçue par certains comme une pression, alors même que les concernés disent chercher simplement à comprendre.

La question centrale est donc politique et juridique : s’agit-il d’un don de l’État, comme annoncé publiquement, ou d’une opération immobilière classique de location-vente via la SNI ?

Si les logements ont effectivement été « payés » par l’État au bénéfice des déguerpis, comme cela aurait été affirmé lors du discours circonstanciel, pourquoi exiger aujourd’hui un paiement sur 300 mois ? À l’inverse, si le mécanisme prévu dès le départ était celui d’une location-vente, pourquoi la communication officielle a-t-elle laissé entendre une gratuité ?

Au-delà du débat sémantique, l’enjeu est celui de la confiance entre la parole publique et les actes administratifs. Dans un contexte où les opérations de déguerpissement ont déjà suscité tensions et incompréhensions, toute ambiguïté sur les conditions de relogement fragilise davantage le lien entre les autorités et les citoyens concernés.

Les déguerpis de Derrière l’Assemblée ne demandent pas un traitement de faveur. Ils demandent de la clarté. Une explication officielle s’impose : le gouvernement confirme-t-il que ces logements sont vendus à 15 millions de francs CFA via une location-vente ? Ou maintient-il qu’ils relèvent d’un dispositif exceptionnel de gratuité décidé par le Président de la République ?

Dans ce dossier sensible, la transparence ne serait pas seulement un devoir administratif. Elle serait un impératif moral.

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