Economie

PNCD 2026-2030 : un plan ambitieux, des équations fragiles et de nombreuses inconnues

Diffusé ces dernières semaines sur les réseaux sociaux, le projet de Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, encore présenté comme une « version préliminaire », suscite un intérêt certain au Gabon. À la lecture de ce document dense d’environ 130 pages, une impression contrastée se dégage : celle d’un texte lucide dans son diagnostic, mais nettement plus incertain lorsqu’il s’agit de projeter l’avenir.

Le premier mérite du PNCD est sans doute sa franchise. Là où d’autres plans se contentaient de projections optimistes, celui-ci dresse un état des lieux sans détour de l’économie gabonaise. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : malgré des investissements publics importants, la consommation des ménages est restée quasiment stable ces dernières années, illustrant une croissance peu inclusive et peu perceptible dans le quotidien des populations. Ce constat tranche avec la communication institutionnelle habituelle et marque une forme de maturité dans l’analyse.

Le document va plus loin en mettant en lumière la faible efficacité de l’investissement public, à travers l’indicateur ICOR. En clair, l’économie gabonaise doit mobiliser bien plus de ressources que des pays comparables pour générer le même niveau de croissance. Reconnaître cette réalité, chiffres à l’appui, constitue un exercice de lucidité rarement observé dans les documents stratégiques nationaux.

Autre point notable : la précision apportée à certains projets structurants. Routes, barrages, infrastructures ferroviaires… le plan ne se limite plus à des intentions générales, mais propose des éléments concrets et chiffrés. Une évolution méthodologique indéniable par rapport aux précédents cadres de planification, notamment le Plan stratégique Gabon émergent.

Mais cette rigueur analytique contraste fortement avec les ambitions affichées.Le PNCD évoque une croissance à deux chiffres à l’horizon 2030, tout en reconnaissant lui-même le caractère exceptionnel d’un tel objectif. Même les économies les plus dynamiques, comme celle de Chine, n’y sont parvenues que dans des contextes très spécifiques, difficilement comparables à celui du Gabon. Le scénario alternatif, jugé plus réaliste avec une croissance annuelle de 6,5 %, reste lui aussi particulièrement ambitieux au regard des performances économiques récentes du pays.

Atteindre un tel niveau supposerait une transformation profonde et rapide : amélioration drastique de l’efficacité des investissements publics, augmentation significative des recettes hors pétrole, et exécution quasi optimale des budgets d’investissement. Pris individuellement, chacun de ces objectifs représente déjà un défi majeur. Ensemble, ils relèvent d’une équation difficile à soutenir.

La question du financement renforce ce scepticisme. Le coût global du plan est estimé à près de 28 000 milliards de francs CFA sur cinq ans. Une enveloppe considérable, dont la mobilisation repose largement sur des investissements privés et étrangers encore hypothétiques. À ce stade, peu d’engagements concrets ou d’investisseurs identifiés viennent étayer ces projections, notamment pour les projets les plus lourds comme les infrastructures ferroviaires.

Les ambitions sociales affichées interrogent également. Réduction massive de la pauvreté, généralisation quasi totale de la scolarisation secondaire, augmentation rapide de l’espérance de vie : ces objectifs, bien que louables, apparaissent difficilement atteignables dans un laps de temps aussi court, au regard des trajectoires observées à l’échelle internationale.

En définitive, le PNCD 2026-2030 se distingue davantage comme un document de cadrage stratégique et de plaidoyer que comme une feuille de route immédiatement exécutable. Sa qualité analytique pourrait constituer un atout dans les discussions avec les partenaires techniques et financiers tels que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou encore l’Union européenne.

Mais au-delà des chiffres et des ambitions, une question essentielle demeure : qu’est-ce qui garantira, cette fois, une mise en œuvre effective ? Les précédents programmes, du Plan stratégique Gabon émergent au Plan de Relance Économique, en passant par le Plan d’Accélération de la Transformation et le Plan National de Développement pour la Transition, partageaient déjà cette ambition de transformation.

Sans réponse claire sur les mécanismes d’exécution, le risque est réel de voir ce nouveau plan rejoindre la longue liste des stratégies ambitieuses restées, pour l’essentiel, lettre morte.

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