Justice : Pascal Ogowé Sifon écroué à Libreville après une audition marathon
La justice gabonaise a franchi un cap. Au terme de plus de vingt heures d’audition ininterrompue, l’ancien ministre du Tourisme, Pascal Ogowé Sifon, a été placé sous mandat de dépôt et incarcéré ce jeudi 25 décembre 2025 à la prison centrale de Libreville, communément appelée Sans-Famille. Une décision qui marque un tournant judiciaire majeur et relance, au-delà du cas personnel de l’ex-ministre, le débat sur la responsabilité pénale des hauts responsables publics.
Convoqué mercredi 24 décembre 2025 de en fin d’après-midi au Palais de justice, Pascal Ogowé Sifon est resté entre les mains des enquêteurs jusqu’au lendemain. Il a quitté les lieux peu avant 14 heures, sous escorte, direction la maison d’arrêt. La confirmation de son incarcération a été donnée par l’un de ses avocats, mettant fin à plusieurs heures de spéculations dans les couloirs du tribunal, où proches et soutiens attendaient depuis la veille.
Selon un témoin présent sur place, l’ancien membre du gouvernement aurait brièvement pris la parole à l’endroit de sa famille avant son transfert : « Je me suis battu jusqu’au bout… ça n’a pas marché. Restez calmes ». Des mots sobres, prononcés dans un climat de tension palpable, qui contrastaient avec la rigueur de la décision judiciaire.
Cette mise sous écrou intervient dans le cadre d’une information judiciaire portant sur plusieurs dossiers liés à la gestion du ministère du Tourisme. Des affaires que divers médias, dont Médias 241, ont décrites comme révélatrices de dysfonctionnements profonds : projets annoncés en grande pompe mais restés sans concrétisation, montages financiers jugés opaques et soupçons persistants de conflits d’intérêts.
Parmi les dossiers au cœur des investigations figure celui des six écolodges, présentés à l’époque comme un pilier de la stratégie de développement du tourisme durable. À ce jour, selon des sources du secteur, aucun chantier abouti ne permet d’attester de la réalisation effective du projet. Un constat qui alimente les interrogations des magistrats instructeurs.Les enquêteurs se penchent également sur des flux financiers importants, estimés à près de 10 milliards de francs CFA, dont la gestion aurait été concentrée autour de proches de l’ex-ministre. À cela s’ajoutent des interrogations sur la destination de 2,6 milliards de francs CFA liés au projet hôtelier de Moanda, ainsi que le dossier dit Cap-Caravane, déjà évoqué en début d’année comme symbole d’une porosité entre intérêts publics et privés.
Sur le plan juridique, il convient de rappeler que Pascal Ogowé Sifon n’a, à ce stade, fait l’objet d’aucune condamnation. Son incarcération relève d’une détention préventive décidée par le juge d’instruction afin de permettre la poursuite des investigations dans des conditions jugées appropriées. La présomption d’innocence reste donc pleinement applicable.
À l’issue de l’instruction, le magistrat devra déterminer la juridiction compétente pour connaître de l’affaire. Selon certaines sources judiciaires, une saisine de la cour criminelle spécialisée figure parmi les hypothèses envisagées, sans que cela ne préjuge ni de la qualification définitive des faits ni de la responsabilité pénale de l’ancien ministre.Au-delà du dossier individuel, cette incarcération résonne comme un signal fort. Pour de nombreux observateurs du monde judiciaire, l’enjeu est désormais clair : démontrer que la reddition des comptes n’est plus un principe abstrait, mais une exigence concrète, y compris pour ceux qui ont exercé le pouvoir au plus haut niveau de l’État.



