Affaire Ogowe Siffon : la défense dénonce des entorses majeures à la Constitution et réclame sa libération

Les avocats de l’ancien ministre et sénateur Simon Pascal Ogowe Siffon ont vivement contesté, ce vendredi 6 février 2026, la légalité de son arrestation et de sa détention. Face à la presse nationale et internationale, ils ont dénoncé une procédure qu’ils jugent contraire à la Constitution gabonaise, aux règles fondamentales du droit pénal et aux principes de l’État de droit. Au cœur de leur argumentaire : la violation de l’immunité parlementaire, une confusion des compétences juridictionnelles et une détention préventive qu’ils estiment juridiquement infondée.
Simon Pascal Ogowe Siffon a été interpellé le 25 décembre 2025, en pleine nuit de Noël, en même temps que plusieurs responsables et cadres de son ancien département ministériel. Une opération d’ampleur que ses avocats qualifient d’« exceptionnelle », tant par son timing que par sa portée institutionnelle.
Pour Me Jules Obiang, avocat au barreau du Gabon, cette arrestation simultanée d’un ancien ministre, par ailleurs sénateur en exercice, et de l’essentiel de son cabinet, soulève de lourdes interrogations juridiques. « Une telle procédure engage directement la protection des libertés individuelles, le respect des prérogatives constitutionnelles du Parlement et la crédibilité de l’État de droit », a-t-il déclaré.
Des violations alléguées des droits de la défense
La défense affirme que la procédure engagée contre leur client est entachée de nombreuses irrégularités. Elle évoque notamment des atteintes aux droits de la défense, une remise en cause du principe du contradictoire et une détention préventive qui ne respecterait pas le caractère exceptionnel prévu par les textes.
Selon les avocats, ces manquements portent atteinte au droit à un procès équitable, tel que garanti par la Constitution et les engagements internationaux du Gabon.
Deux exceptions d’inconstitutionnalité au cœur du dossier
Sur le fond, les conseils de Simon Pascal Ogowe Siffon ont soulevé deux exceptions d’inconstitutionnalité devant la Chambre d’accusation.
La première concerne l’immunité parlementaire. Proclamé sénateur par la Cour constitutionnelle le 2 décembre 2025, Ogowe Siffon aurait, selon la défense, dû bénéficier de la protection prévue par l’article 77 de la Constitution issue du référendum du 19 décembre 2024. Or, son arrestation est intervenue sans que le Sénat ne soit formellement saisi pour se prononcer sur une éventuelle levée de cette immunité.
La seconde exception porte sur la compétence de la juridiction saisie. Les avocats rappellent que l’article 133 de la Constitution confère à la Cour des comptes une compétence exclusive en matière de contrôle et de jugement de la gestion des finances publiques. À leurs yeux, les poursuites engagées méconnaissent cette répartition constitutionnelle des compétences.
Une demande de liberté provisoire dans l’attente de la Cour constitutionnelle
Dans l’attente de la décision de la Cour constitutionnelle sur ces exceptions, la défense a formellement demandé la mise en liberté provisoire de leur client. Elle souligne que la détention avant jugement doit rester une mesure exceptionnelle et strictement encadrée par la loi.
Les avocats ont conclu leur déclaration par un appel solennel au respect des principes constitutionnels, affirmant que leur démarche n’est ni politique ni émotionnelle, mais exclusivement juridique. « Il s’agit de défendre la Constitution, les libertés fondamentales et l’État de droit », ont-ils insisté. Cette affaire, aux implications institutionnelles majeures, pourrait désormais servir de test pour l’équilibre entre lutte contre les infractions économiques et respect scrupuleux des garanties constitutionnelles au Gabon.



