

Alors que les budgets alloués à l’Éducation nationale sont colossaux, élèves et enseignants vivent au quotidien une réalité brutale. Loin des discours politiques, les écoles sont désormais des environnement de détresse, un décor de l’abandon où l’on ne vient plus pour s’élever, mais pour survivre à la journée.
L’image de l’école publique de l’ENSET, envahie par la broussaille, avec sa cour et sa voie d’accès défoncée, n’est pas une exception mais la norme pour une part grandissante de la jeunesse gabonaise.
« Ton avenir ne vaut même pas un coup de machette ». Voilà le message envoyé à l’élève qui franchit les murs l’école.
Comment se concentrer en classe quand les murs lépreux suintent l’humidité et que le plafond menace de s’effondrer ? Comment respecter une institution qui ne vous respecte pas ?

L’humiliation est quotidienne. Elle se niche dans l’impossibilité de se soulager dignement, forçant les élèves, et particulièrement les jeunes filles, à choisir entre la honte des latrines insalubres ou le danger des hautes herbes.
Elle se lit dans le regard des enseignants, démunis et impuissants, contraints de dispenser le savoir dans un chaos qui crie le mépris de l’État.
Leur mission, si noble soit-elle, est sabotée chaque jour par un environnement qui démotive les plus résilients.

Un délabrement aussi matériel que psychologique. Il enseigne le renoncement et la fatalité.
Il ancre dans l’esprit de ces enfants l’idée qu’ils sont les oubliés de la République, des citoyens de seconde zone dont l’éducation n’est qu’une ligne dans un budget, sans jamais se traduire en un pupitre décent ou une cour de récréation sécurisée.

Au-delà des questions de responsabilité et de gestion financière, la véritable urgence est humaine.
Ces écoles sont le reflet de l’ambition d’un pays pour sa jeunesse. Aujourd’hui, ce reflet est celui d’un immense gâchis et d’une promesse trahie.



