Championnat d’Afrique Scolaire : Préparer des enfants pour l’échec ?

À quelques semaines du Championnat d’Afrique Scolaire U15 de la zone UNIFFAC, prévu en décembre prochain, le Gabon entame son processus de présélection. La Direction Technique Nationale (DTN) a organisé, du 7 au 14 novembre, un déploiement sur l’ensemble du territoire pour repérer des filles et garçons de moins de 15 ans, scolarisés, en vue d’un premier regroupement.
Ce tournoi, faut-il le rappeler, est une compétition réunissant les pays de l’Union des fédérations de football d’Afrique centrale strictement réservée aux élèves de moins de 15 ans, visant à détecter les talents très précoces, issus du milieu scolaire, et destinés à intégrer plus tard les circuits de formation et de haut niveau. Normalement, il s’agit d’une compétition qui s’appuie sur des championnats scolaires, des structures d’entraînement, des tournois inter-établissements, des tournois nationaux des petites catégories et un suivi technique clair.
Mais chez nous, la réalité est tout autre.
Une présélection sans championnat scolaire ?
À partir du 19 novembre, les filles retenues dans chaque province rejoindront le Centre Technique de Bikélé pour un premier stage d’évaluation. Les garçons suivront ensuite.
Mais une question dérangeante se pose : sur quelle base technique a-t-on établi cette liste ?
Bobar Alena, supporter gabonais :
« Vous faites comment pour établir une sélection scolaire alors qu’il n’y a pas de championnat scolaire au Gabon ? »
Interrogation légitime. Car même le tournoi de l’OGGSU, le seul véritable championnat inter-écoles du pays, qui aurait pu servir de plateforme de détection, a été stoppé. Un gâchis. C’était pourtant l’opportunité idéale pour repérer des talents, suivre leur évolution, et préparer une équipe compétitive, crédible, structurée.
La même improvisation, les mêmes échecs
Aujourd’hui, on improvise. On rassemble des jeunes, sans saison de compétition, sans préparation physique régulière, sans suivi médical, sans encadrement psychologique, sans même une véritable identité scolaire ou technique. Juste des noms sur une liste.
Et demain, on les mettra face à des jeunes de la RDC ( champion en titre ) qui jouent en championnat scolaire ou des championnats nationaux , en ligues U13, U15, avec des éducateurs qualifiés et un suivi annuel.
Et comme toujours, le public gabonais rira des pauvres enfants, critiquera leur niveau, leur naïveté, leur manque de technique ou de condition physique. Alors que la faute n’est pas chez eux. Elle est chez nous. Chez les dirigeants. Chez le système.
Une preuve récente : le naufrage des U17 féminines

Ce scénario, nous l’avons déjà vécu. En janvier dernier, lors des éliminatoires de la Coupe du monde U17, l’équipe féminine gabonaise avait été balayée 12-1 par l’Afrique du Sud. Un score humiliant, mais prévisible :
• Aucune joueuse n’évoluait en club structuré
• Aucun suivi technique
• Aucune préparation physique
• Aucune compétition régulière
• Juste une sélection rapide, sans socle, ni projet
Résultat ? Une catastrophe annoncée. Et pourtant, nous recommençons.
Le Championnat d’Afrique Scolaire est censé être une vitrine du potentiel éducatif et sportif de chaque pays. Chez nous, il devient une vitrine d’improvisation et d’incohérences.
Nous envoyons nos enfants au front, sans préparation, face à des nations structurées. Et demain, si le résultat tourne au fiasco il ne faudra pas accuser les enfants, mais regarder les vrais responsables : les décideurs.



