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« Je vous enverrai au cimetière » : L’État de droit humilié ?

C’est une séquence qui fera date, et peut-être jurisprudence. Ce Week-end Xavier Junior Ndong Ndong, président du Conseil National des Rites et Traditions du Gabon (CNRTG), n’a pas seulement défendu son institution contre les accusations de crimes rituels. Il a promis la mort à ses contradicteurs, en direct, défiant ouvertement l’autorité judiciaire et les lois de la République.

Xavier Ndong Ndong et les membres du CNRTG

Alors que l’opinion publique est en ébullition face à la recrudescence des enlèvements et des crimes de sang, la réponse du CNRTG était attendue sur le terrain de l’apaisement et de la collaboration avec la justice. C’est tout l’inverse qui s’est produit.

Dans une tirade d’une violence inouïe, le président du Conseil a troqué la sagesse coutumière contre la menace explicite.

« Celui qui ouvre encore la bouche, je ne préviendrai plus, j’agirai. Et j’aurai une gerbe de fleurs pour chacun », a-t-il martelé.

L’aveu et la menace

Veillée de Bwiti

Juridiquement, les propos sont d’une gravité exceptionnelle. « Quand ils iront au cimetière ne cherchez pas le coupable. C’est moi ! », a déclaré Xavier Junior Ndong Ndong.

Il revendique par anticipation la responsabilité de futurs actes criminels visant à faire taire la critique.

Dans n’importe quel État de droit, menacer de mort quiconque porte plainte ou critique une organisation relève du Code pénal.

Il s’agit non seulement de protéger les citoyens, mais aussi de garantir que nul ne puisse se faire justice soi-même.

Le silence assourdissant du Parquet ?

Vue aérienne du Tribunal de Libreville

Cette sortie place le Ministère de la Justice et le Ministère de l’Intérieur dans une position délicate.

Peut-on laisser un responsable associatif, fût-il garant des traditions, dire publiquement « J’assumerai mes actes » en parlant d’envoyer des citoyens au cimetière ?

Si le Procureur de la République ne s’autosaisit pas rapidement pour « menaces de mort réitérées » et « incitation à la violence », un précédent dangereux pourrait être créé.

Veillée de Bwiti

Cela validerait implicitement l’idée qu’il existe au Gabon deux justices, celle des tribunaux pour le citoyen lambda, et celle, intouchable, des « hommes forts » qui peuvent promettre des cercueils en conférence de presse.

Reste à savoir si, dans la Cinquième République, l’Etat a encore la force de faire respecter la loi face à la menace mystique.

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