
Dès 2026, le gouvernement souhaite imposer aux Gabonais , la Taxe Forfaitaire d’Habitation (TFH). Officiellement, il s’agit d’une mesure « d’élargissement de l’assiette fiscale » pour financer les services publics. Mais pour une population excédée, cette initiative est la goutte d’eau, et révèle le fossé entre les sacrifices demandés aux citoyens et le train de vie fastueux que l’État semble incapable de réformer.
5,2 milliards de FCFA pour des 4×4

Pour comprendre l’origine de cette indignation, il suffit de regarder dans les rues de la capitale.
Alors que le gouvernement justifie la TFH par un besoin de 2,8 milliards de FCFA par an, un calcul simple, basé sur les dépenses visibles de l’État, expose une réalité dérangeante.
Prenons le renouvellement du parc automobile de l’administration, et plus particulièrement le nouveau Toyota Land Cruiser Prado (série 250).
Sur le marché européen, sa version haut de gamme (VX-L) avoisine les 98 500 euros, soit plus de 64 millions de FCFA.

Même une version bien équipée (VX) se négocie autour de 88 500 euros, soit environ 58 millions de FCFA. Faisons maintenant une estimation conservatrice. Le gouvernement actuel compte une trentaine de ministères.
Si l’on suppose que chaque ministère s’équipe d’à peine trois de ces nouveaux véhicules pour ses hauts cadres – une hypothèse jugée très modeste par de nombreux observateurs – la facture devient vertigineuse.30 ministères x 3 véhicules x 58 000 000 FCFA/véhicule = 5,22 milliards de FCFA.Le résultat est sans appel.

Le coût d’acquisition d’une petite partie du parc automobile ministériel représente près du double de ce que la taxe d’habitation devrait rapporté en une année entière.
Comment, dans ces conditions, justifier de ponctionner chaque mois les ménages, dont beaucoup, comme le soulignait l’acteur de la société civile Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, sont « déjà fragilisés, avec un taux de chômage très important » ?
Un symbole de la déconnexion

Le Land Cruiser est le symbole d’une culture de la dépense publique qui semble imperméable à l’austérité.
Pendant que le citoyen est prié de contribuer au « vivre-ensemble », les dépenses de prestige, pour reprendre les mots de Foumboula Makosso, continuent.
Missions à l’étranger aux frais de la princesse, cabinets ministériels pléthoriques, location de bâtiments administratifs à des coûts exorbitants… les exemples abondent et alimentent la méfiance.

« Mais est-ce que le Gouvernement peut bien nous faire le bilan des autres taxes qui alourdissent déjà nos charges ? », interrogeait à juste titre Aimé Mapangou, de l’opposition.
Le manque de transparence sur l’utilisation des impôts existants rend toute nouvelle demande de contribution inaudible, voire insultante.
Le peuple gabonais ne refuse pas l’effort, il refuse le « deux poids, deux mesures ».
Avant de regarder dans les poches des citoyens, l’État ferait bien de commencer par garer ses ambitions de luxe au garage.



