Éducation nationale : une crise prolongée aux lourdes conséquences pour les apprenants gabonais

Depuis plusieurs semaines, l’école gabonaise tourne au ralenti. La grève observée par les enseignants, entrée dans son deuxième mois, laisse planer la menace d’une année blanche. Si le conflit oppose principalement les syndicats au gouvernement, ses répercussions touchent avant tout les élèves, privés de cours dans la majorité des établissements du pays.
Le samedi 31 janvier 2026, le mouvement SOS Éducation, appuyé par les syndicats SENA et SYNETECPRO, a confirmé la non-reprise des cours dans huit provinces sur neuf. Les enseignants estiment que les propositions gouvernementales restent insuffisantes et refusent un retour en classe sans garanties écrites, claires et accompagnées d’un calendrier précis. Seule la province de l’Ogooué-Lolo a validé une reprise, une exception qui ne suffit pas à inverser la tendance nationale.
Pourquoi les enseignants refusent-ils de reprendre les cours ?
Les revendications portent essentiellement sur des questions administratives et salariales : régularisation des carrières, mise en solde ou en présalaire, revalorisation des rémunérations et recrutement d’enseignants formés mais toujours en attente d’affectation. Pour les grévistes, ces demandes conditionnent le bon fonctionnement du système éducatif.
De son côté, le gouvernement affirme avoir engagé des avancées notables, notamment la signature d’un protocole d’accord additionnel, l’annonce de plusieurs milliers de régularisations et la promesse de recrutements progressifs. Toutefois, les enseignants rappellent que des annonces similaires, par le passé, n’ont pas toujours été suivies d’effets. Cette méfiance explique leur exigence de documents officiels et de délais précis avant toute reprise.
Des élèves pénalisés dans leur apprentissage
La conséquence la plus visible de cette crise est la rupture de la continuité pédagogique. Les élèves accumulent du retard dans les programmes, ce qui complique la compréhension des matières et fragilise les bases nécessaires pour la suite de leur scolarité. Plus la grève dure, plus le risque de décrochage augmente, notamment chez les élèves issus de milieux modestes, qui n’ont pas toujours accès à un accompagnement scolaire alternatif.
La désorganisation des calendriers scolaires pourrait également entraîner une compression des cours à la reprise, avec des programmes surchargés et des évaluations menées dans l’urgence, au détriment de la qualité de l’enseignement.
Un enjeu majeur pour la valeur des diplômes gabonais
Au-delà de l’année scolaire en cours, la crise pose un problème plus large : celui de la reconnaissance et de la crédibilité des diplômes gabonais. Dans un environnement académique de plus en plus compétitif, les interruptions répétées des cours et les ajustements de calendrier peuvent affaiblir la confiance des partenaires étrangers et des institutions internationales.
Les élèves qui souhaitent poursuivre leurs études à l’étranger ou intégrer des filières exigeantes se retrouvent désavantagés, faute d’un parcours scolaire stable et conforme aux standards internationaux. À long terme, cette situation peut limiter la mobilité académique et réduire les opportunités professionnelles des jeunes diplômés.
Une sortie de crise indispensable pour l’avenir
Si une reprise rapide des cours est nécessaire pour éviter une année blanche, elle ne suffira pas à elle seule. La crise actuelle révèle des dysfonctionnements profonds dans la gestion du secteur éducatif, notamment en matière de dialogue social et de planification. Sans solutions durables, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.
L’éducation constitue un investissement stratégique pour le pays. Garantir sa continuité et sa qualité est essentiel pour préparer des citoyens compétents et des diplômés capables de s’insérer dans un monde de plus en plus concurrentiel. C’est à ce prix que l’école gabonaise pourra retrouver sa stabilité et jouer pleinement son rôle dans le développement national.



