Critiques

Gabon: les délestages sont-ils devenus la ration quotidienne des gabonais?

À Libreville comme dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, les coupures d’électricité ne sont plus des incidents isolés mais un phénomène quasi permanent.

Pour de nombreux ménages, commerçants et administrations, le délestage est désormais perçu comme une « ration quotidienne », perturbant profondément la vie sociale et économique.

Ces interruptions répétées plongent régulièrement des quartiers entiers dans l’obscurité pendant des heures, parfois plusieurs fois par jour. Les conséquences sont immédiates : denrées alimentaires avariées, équipements électroménagers endommagés, activités commerciales paralysées et insécurité accrue la nuit.

« Hier encore, dimanche, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) a, pour une fois, respecté son annonce de coupure d’électricité de 5 h à 13 h. Mais notre soulagement a été de courte durée : dans la soirée, le courant a de nouveau été interrompu, et cela a duré jusqu’à ce matin », a déclaré une habitante de la capitale.

Dans les hôpitaux et structures sanitaires, les coupures fragilisent la continuité des soins, obligeant à recourir systématiquement à des groupes électrogènes coûteux.
La SEEG justifie ces perturbations par plusieurs facteurs : vieillissement des infrastructures, surcharge du réseau liée à l’urbanisation rapide, difficultés d’approvisionnement en pièces de rechange et opérations de maintenance indispensables pour éviter des pannes généralisées. L’entreprise évoque également des contraintes financières ainsi que des actes de vandalisme visant les installations électriques.

Toutefois, ces explications peinent à convaincre une population qui constate la persistance du problème depuis plusieurs années.

Certains observateurs de la société gabonaise soulignent que le déficit d’investissement dans la production et le transport d’énergie, combiné à une gestion jugée perfectible du réseau, contribue à l’instabilité du système électrique national.

Le Gabon dispose pourtant d’importantes ressources hydrauliques et d’un potentiel énergétique considérable. Plusieurs barrages hydroélectriques alimentent le réseau, mais leur capacité demeure insuffisante face à la croissance de la demande.

Le développement des énergies renouvelables, notamment le solaire dans les zones isolées, est régulièrement évoqué comme une solution complémentaire pour réduire la dépendance aux centrales thermiques afin de limiter les délestages.

Au-delà des désagréments domestiques, l’impact économique est préoccupant.

Les petites entreprises, les ateliers de soudure, les salons de coiffure, les restaurants et les unités de production artisanale enregistrent des pertes financières importantes. Certaines activités fonctionnent désormais au rythme des coupures, freinant la productivité et l’emploi.

Face à cette situation, les usagers réclament davantage de transparence dans la communication sur les programmes de délestage, un calendrier fiable des interruptions et surtout des solutions durables. Pour bon nombre de Gabonais, l’accès stable à l’électricité n’est plus un luxe mais une nécessité vitale pour le développement du pays.

La crise énergétique actuelle pose ainsi une question essentielle : comment garantir une économie et un service public fiable dans un pays riche en ressources naturelles mais confronté à des défis structurels persistants ? Sans réponses concrètes ni investissements structurants, les délestages risquent de demeurer, pour longtemps encore dans le quotidien des populations.

On peut aisément imaginer les pertes économiques et le manque à gagner en termes de transactions financières et d’activités productives causés par ces coupures répétées.

Articles connexes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page