Politique

Gabon : Oligui Nguema défend la suspension des réseaux sociaux

Le 17 février 2026, la Haute Autorité de la Communication (HAC) décidait de suspendre l’accès à plusieurs réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire gabonais. Dix jours plus tard, lors du Conseil des ministres du 26 février, le président Brice Clotaire Oligui Nguema est monté en première ligne pour défendre une mesure qui continue de diviser l’opinion.

Face aux critiques évoquant une atteinte aux libertés fondamentales, le chef de l’État a rejeté toute idée d’improvisation. Selon lui, la décision relève d’une réponse réfléchie à des dérives numériques jugées préoccupantes : campagnes de désinformation, contenus diffamatoires et tentatives présumées de manipulation de l’opinion publique. L’argument central avancé par l’Exécutif repose sur la nécessité de préserver l’ordre public et la stabilité institutionnelle.

Une décision sécuritaire dans un contexte sensible

Le pouvoir exécutif assume le caractère exceptionnel de la suspension, présentée comme un outil de régulation face à ce qu’il qualifie de menaces croissantes dans l’espace numérique. En filigrane, les autorités reconnaissent également des failles dans l’anticipation et la gestion des tensions en ligne, laissant entendre que l’appareil institutionnel n’était pas suffisamment préparé à encadrer l’essor des usages numériques.

Cette reconnaissance soulève une question de fond : la suspension généralisée constituait-elle l’unique réponse possible ? Si l’État invoque la protection de la cohésion nationale, ses détracteurs pointent une mesure large, aux effets collatéraux importants pour les citoyens, les médias, les entrepreneurs du numérique et les acteurs économiques dépendants des plateformes sociales.

Entre encadrement et liberté : un équilibre délicat

Le président a insisté sur le caractère transitoire de la décision, affirmant qu’elle ne saurait s’inscrire dans la durée. Il a par ailleurs annoncé la mise en place prochaine d’un cadre plus structuré de régulation numérique, censé concilier respect de l’État de droit et prévention des dérives.

C’est précisément sur ce terrain que se jouera la crédibilité de l’Exécutif. La régulation de l’espace numérique est devenue un enjeu mondial : elle suppose des mécanismes transparents, proportionnés et juridiquement solides. Toute ambiguïté dans l’application ou la durée des restrictions pourrait alimenter les soupçons d’un contrôle accru de la parole publique.

Un débat révélateur des tensions démocratiques

La suspension des réseaux sociaux dépasse la seule question technique. Elle interroge le rapport entre sécurité et liberté dans un contexte politique en mutation. Pour les dirigeants, il s’agit d’un signal d’autorité. Pour une partie de la société civile, c’est un précédent qui mérite vigilance.

Au-delà des positions tranchées, l’épisode met en lumière un défi structurel : comment encadrer les excès du numérique sans fragiliser les principes démocratiques ? Le gouvernement promet un dispositif respectueux des normes juridiques. L’opinion, elle, attend des garanties concrètes.La séquence ouverte le 17 février constitue ainsi un test majeur pour la gouvernance numérique au Gabon : celui de la capacité de l’État à protéger l’ordre public tout en consolidant la confiance citoyenne.

Articles connexes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page