Gabon : quand chaque inauguration « présidentielle » freine la décentralisation

Depuis la transition et l’accession de Brice Clotaire Oligui Nguema à la présidence, de nombreux projets d’infrastructures voient le jour à travers le Gabon : marchés, stations‑service, complexes sportifs, écoles ou encore la mise en place du WiFi dans le train. Ces initiatives, essentielles au développement, sont régulièrement célébrées par des cérémonies officielles… systématiquement présidées par le chef de l’État ou ses ministres.
Sur le plan symbolique, ces inaugurations démontrent l’action de l’État et rassurent la population sur la mise en œuvre des projets. Toutefois, la pratique soulève de sérieuses interrogations sur sa pertinence et son coût réel pour la vie quotidienne des citoyens. Barrages routiers, embouteillages et retards pour les travailleurs et les élèves deviennent des conséquences quasi systématiques de ces événements. Le cérémonial présidentiel, censé illustrer l’efficacité de l’action publique, se transforme parfois en un obstacle logistique majeur.
Cette centralisation des inaugurations se heurte directement aux objectifs de décentralisation affichés par le gouvernement. Maires et gouverneurs, censés porter les projets dans leurs circonscriptions, restent marginalisés. À Okondja, par exemple, le vice‑président Hermann Immongault a récemment inauguré des infrastructures qui auraient pu être présentées par les autorités locales. Cette répétition d’interventions centrales maintient l’idée d’un État omniprésent et freine l’appropriation locale des projets, fragilisant la gouvernance territoriale que la décentralisation cherche à instaurer.
Il ne s’agit pas de minimiser l’importance des investissements publics. Marchés rénovés, nouvelles installations sportives ou culturelles et infrastructures pour l’eau et l’énergie constituent des acquis indéniables. Cependant, le format actuel des inaugurations privilégie la communication politique à l’efficacité locale. Les habitants et élus de terrain sont relégués au second plan, tandis que la logistique mobilisée pour ces cérémonies génère un coût social et économique non négligeable.
Pour que la décentralisation devienne une réalité, il est urgent de repenser le rôle du président et des ministres dans ces cérémonies. Laisser les autorités locales inaugurer et porter les projets dans leurs circonscriptions réduirait les perturbations, renforcerait la légitimité des élus et rapprocherait l’action publique des citoyens. Tant que cette réorganisation n’aura pas lieu, le spectacle des inaugurations présidentielles continuera de masquer les véritables défis d’une gouvernance territoriale effective au Gabon.



