
Si la grogne monte du côté des salariés qui voient leur net à payer fondre dès ce mois de janvier, l’inquiétude est tout aussi palpable dans les bureaux des Ressources Humaines. Avec l’entrée en vigueur du décret n°0487/PR/MASI, le coût du travail au Gabon subit une inflation brutale qui pourrait geler les recrutements.

C’est une équation mathématique dont les chefs d’entreprises se seraient bien passés en ce début d’année.
En faisant passer le taux global des cotisations sociales à 23%, la réforme des retraites ne frappe pas uniquement le portefeuille des ménages.
Elle alourdit considérablement la masse salariale des entreprises.
Le « coût total employeur » explose

Si l’attention se focalise sur la part salariale qui double, passant de 2,5% à 5%, la part patronale n’est pas épargnée.
Selon la nouvelle grille, l’employeur doit désormais s’acquitter de 18% de charges, soit 11% pour la pension, 5% pour les prestations familiales et 2% pour les risques professionnels.Pour une PME, chaque salaire versé coûte désormais plus cher.
« Sur un effectif de 50 personnes, cette hausse de deux points de la part patronale représente des millions de FCFA de charges supplémentaires non budgétisées en fin d’année dernière », confie un DRH du secteur logistique à la zone industrielle d’Owendo.
Vers une baisse des salaires à l’embauche ?

La conséquence immédiate de cette mesure pourrait être une dévaluation des salaires à l’entrée.
Pour compenser ce surcoût, les employeurs seront tentés de proposer des salaires bruts moins attractifs aux nouvelles recrues.
Si l’entreprise a une enveloppe de 1 million de FCFA pour un poste en coût total, elle devra baisser le salaire brut proposé pour absorber la hausse des cotisations.
Les jeunes diplômés arrivant sur le marché du travail en 2026 risquent d’être les premières victimes collatérales de cette réforme, avec des offres financières revues à la baisse.
Le spectre du gel des augmentations

Pour les salariés déjà en poste, l’avenir s’assombrit également. Difficile de négocier une augmentation quand l’employeur subit déjà une hausse mécanique et obligatoire de ses charges.
S’il faut sauver la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) par l’injection massive de liquidités, le gouvernement prend tout de même le risque de gripper le moteur de l’emploi formel.
Les petites structures, asphyxiées, pourraient se tourner vers l’informel ou gélées indéfiniment leurs plans d’embauche.



