Prison centrale de Libreville : 8 détenus sur 10 en détention préventive

La situation à la Prison centrale de Libreville continue d’interpeller les autorités judiciaires. En visite d’inspection jeudi 12 février, le ministre de la Justice, Augustin Emane, a pris la mesure d’un déséquilibre majeur : la grande majorité des personnes incarcérées dans l’établissement n’ont pas encore été jugées.
Selon les données communiquées lors de cette descente sur le terrain, la maison d’arrêt compte environ 3 500 détenus. Parmi eux, seuls 500 à 600 purgent une peine définitive. Les autres, soit plus de 82 % de l’effectif total, sont placés en détention préventive, dans l’attente de leur procès. Un taux particulièrement élevé qui met en lumière les lenteurs persistantes du traitement des dossiers judiciaires.
Une justice sous pression
Accompagné de responsables de l’administration pénitentiaire, d’acteurs de la chaîne judiciaire et de représentants des droits humains, le garde des Sceaux a reconnu la gravité de la situation. Il a souligné que la détention provisoire, lorsqu’elle s’éternise, soulève la question du respect des délais raisonnables et fragilise l’équilibre du système.
Pour le membre du gouvernement, la priorité est désormais claire : accélérer l’instruction des affaires en souffrance et réduire significativement le nombre de prévenus incarcérés. L’objectif affiché est de rétablir une proportion plus cohérente entre condamnés et personnes en attente de jugement, afin d’alléger la pression sur l’établissement pénitentiaire.
Surpopulation et conditions de détention
Au-delà des chiffres, la visite a permis d’évaluer les conditions de vie à l’intérieur de la prison. Le ministre s’est rendu notamment au quartier des femmes, dans l’espace réservé aux mineurs, dans plusieurs blocs cellulaires fortement peuplés, ainsi que dans les infrastructures d’appui telles que l’infirmerie, la chapelle ou encore le centre de réinsertion. La brigade cynophile a également été inspectée.
Si la surpopulation demeure un défi structurel, des travaux de réhabilitation récents ont été relevés. Le ministre a salué les améliorations engagées, tout en rappelant que la modernisation des locaux ne saurait suffire sans une réforme effective des pratiques judiciaires.
Vers une réponse institutionnelle
La question de la détention préventive apparaît désormais comme l’un des chantiers majeurs du département de la Justice. La réduction des délais de traitement des procédures, le renforcement de la coordination entre magistrats et greffes, ainsi que l’examen régulier des situations individuelles figurent parmi les leviers évoqués.
En toile de fond, un impératif : garantir le respect des droits fondamentaux des personnes privées de liberté, tout en assurant l’efficacité et la crédibilité de l’appareil judiciaire gabonais.



