Société

Procès de la « Young Team » : la Cour criminelle spécialisée prononce de lourdes peines et relance les interrogations

La session criminelle spéciale consacrée aux détournements massifs de fonds publics attribués au cercle rapproché de Noureddin Bongo Valentin a franchi ce mardi 18 novembre 2025 une étape décisive. La Cour criminelle spécialisée de Libreville a rendu son verdict pour les dix prévenus présents à la barre, au terme de plusieurs jours d’audiences marquées par des révélations accablantes sur un système de prédation méthodique du Trésor public.

Voici le détail des décisions rendues par la Cour :

Jessy Ella Ekogha : 10 ans de réclusion criminelle, dont 7 ans avec sursis, et 25 millions FCFA d’amende

Jordan Camuset : 3 ans de prison avec sursis et 5 millions FCFA d’amende

Oceni Ossa Mohamed : 15 ans de prison, dont 5 ans avec sursis, et 10 millions FCFA d’amende

Ali Abdul Saliou : 15 ans de prison, dont 5 ans avec sursis, et 10 millions FCFA d’amende

Otha Ndoumba Gabin : 3 ans de prison, dont 1 an avec sursis, et 5 millions FCFA d’amende

Yolande Gisèle Mombo : 26 mois de réclusion et 25 millions FCFA d’amende, une peine équivalente à sa détention préventive

Kim Oun : 5 ans de prison, dont 2 ans avec sursis, et 50 millions FCFA d’amende

Ian Ngoulou : 15 ans de prison, dont 5 ans avec sursis, et 10 millions FCFA d’amende

Cyriaque Mvourandjami : 26 mois de prison et 25 millions FCFA d’amende, équivalents à sa détention préventive

Steeve Ndegho Dieko : reconnu non coupable, la levée de la decuet relaxé

Ce verdict intervient dix jours après l’ouverture d’une session criminelle exceptionnelle, organisée pour faire la lumière sur des détournements portant sur plusieurs milliards de FCFA.

Retour sur un procès hors norme

Le procès trouve son origine dans de vastes investigations menées depuis 2023, qui ont mis en évidence l’existence présumée d’un réseau structuré autour de Noureddin Bongo Valentin, fils aîné d’Ali Bongo, et de Sylvia Bongo Ondimba, l’ex-première dame du Gabon. Tous deux, jugés par contumace après avoir refusé de comparaître, ont été condamnés à 20 ans de réclusion criminelle, à la confiscation de l’ensemble de leurs biens, ainsi qu’au remboursement solidaire de plusieurs milliards de FCFA au Trésor public gabonais.

Lors de son réquisitoire présenté lundi 17 novembre, le procureur général près la Cour d’appel de Libreville, Dr Eddy Minang, a décrit un dispositif structuré ayant permis, selon l’accusation, l’évaporation de milliards de francs CFA via des comptes bancaires frauduleux, des ordres de virement irréguliers, des entreprises-écrans et des circuits de blanchiment internes et externes. Il avait requis des peines allant de l’acquittement à 15 ans de prison, ainsi que la confiscation intégrale des biens de plusieurs accusés, notamment les frères Oceni Ossa et Ali Saliou, Jessy Ella Ekogha et Ian Ngoulou. Le magistrat avait également demandé la relaxe de Yolande Gisèle Mombo et de Steeve Ndegho Dieko, relaxe confirmée aujourd’hui pour ce dernier.

Des noms encore non entendus : la question qui fâche

Au fil des témoignages, plusieurs personnalités ont été citées à de nombreuses reprises sans être appelées à comparaître, créant un malaise palpable au sein de l’opinion. Face à ces interrogations, le procureur général a annoncé que toutes les personnes citées, que ce soit à la barre, dans les dossiers d’enquête ou au cours des investigations financières, seront convoquées et entendues dans les prochaines semaines.

Parmi elles figurent notamment Yann Koubdje, Joseph La Pensée Essingone, Pascal Ogowe Siffon et Alain-Claude Bilie-By-Nze. Plusieurs directeurs généraux et représentants légaux de banques telles que BGFIBank, UGB et Orabank devraient également être entendus pour clarifier “le rôle joué dans le mécanisme de pillage”, selon les termes du procureur.

Un tournant décisif, mais un dossier loin d’être clos

Avec ces condamnations et relaxes, la Cour a clarifié le sort des prévenus présents à la barre. Mais ce procès, l’un des plus sensibles de l’histoire judiciaire gabonaise, semble encore loin de livrer tous ses secrets. Entre les zones d’ombre, les responsabilités bancaires, les implications politiques et les flux financiers à retracer, la suite de la procédure sera déterminante pour la crédibilité de la justice et la reconstruction de la confiance publique.

Articles connexes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page