Critiques

Suspension des RS : silence à l’Assemblée, les députés connaissent-ils encore leur rôle ?

La suspension des réseaux sociaux a agi comme un électrochoc. En quelques heures, des milliers de citoyens se sont retrouvés privés d’un espace d’expression devenu central dans le débat public, l’activité économique et la circulation de l’information. Mais au-delà de la mesure elle-même, une autre question dérange : où sont les députés ?

Dans toute démocratie, le Parlement n’est pas un décor institutionnel. Il est le cœur battant du contrôle de l’action gouvernementale. Les députés ne sont pas de simples figurants dans l’architecture de l’État ; ils sont les représentants directs du peuple. Leur rôle est clair : voter la loi, contrôler le gouvernement, évaluer les politiques publiques et, surtout, porter la voix des citoyens lorsque leurs libertés sont en jeu.

La liberté d’expression n’est pas un détail administratif que l’on ajuste selon les circonstances. Elle est un principe fondamental. Suspendre les réseaux sociaux, même temporairement, soulève des questions graves : proportionnalité de la mesure, base légale, durée, impacts économiques, conséquences sociales. Ces interrogations auraient dû faire l’objet d’un débat public, d’une interpellation formelle du gouvernement, voire d’une session extraordinaire si l’enjeu l’exigeait.

Or, le silence a dominé. Pas de déclaration forte. Pas de conférence de presse collective. Pas de demande publique d’explication détaillée. Comme si la décision allait de soi. Comme si le Parlement n’avait pas à s’en mêler.

Pourtant, le député n’est pas l’élu d’un parti avant d’être l’élu d’une nation. Il prête serment pour défendre l’intérêt général, pas pour accompagner docilement chaque décision de l’exécutif. Son rôle est d’interroger, de douter, de challenger, d’exiger des comptes. Le contrôle parlementaire n’est pas un acte d’hostilité ; c’est un mécanisme d’équilibre. C’est ce qui distingue une démocratie vivante d’un pouvoir sans contrepoids.

Certains objecteront que la mesure était motivée par des impératifs de sécurité ou de stabilité. Soit. Mais précisément : plus une décision est sensible, plus elle mérite un encadrement institutionnel rigoureux. Plus elle touche aux libertés publiques, plus elle doit être débattue. Le Parlement est le lieu naturel de ce débat.

Au-delà du principe, il y a les conséquences concrètes. Des jeunes entrepreneurs vivent du digital. Des créateurs de contenus ont bâti leur activité sur ces plateformes. Des PME utilisent les réseaux sociaux pour vendre, communiquer, exister. Suspendre ces outils, c’est impacter une économie déjà fragile. Qui a posé la question de l’indemnisation ? Qui a évalué le manque à gagner ? Qui a demandé des garanties sur la durée réelle de la suspension ?

Le rôle d’un député ne s’arrête pas à lever la main lors du vote du budget. Il consiste aussi à anticiper les effets d’une décision, à protéger les plus vulnérables, à traduire l’inquiétude populaire en interpellations formelles.

Alors oui, la question mérite d’être posée : connaissent-ils seulement leur rôle ?Peut-être le connaissent-ils. Peut-être ont-ils choisi le silence. Mais en politique, le silence n’est jamais neutre. Il est perçu. Il est interprété. Il peut être compris comme une approbation tacite ou, pire, comme une démission.

Les institutions ne tiennent pas uniquement par les textes ; elles tiennent par le courage de ceux qui les incarnent. Une Assemblée qui ne questionne pas s’affaiblit elle-même. Un député qui ne parle pas quand les libertés sont restreintes risque de se couper de ceux qu’il représente. Ce moment est un test, non seulement pour l’exécutif, mais aussi pour le législatif. Car une démocratie ne se mesure pas seulement à l’existence d’élections, mais à la vitalité de ses contre-pouvoirs.

La suspension des réseaux sociaux finira peut-être par être levée. Mais la question, elle, restera : le Parlement est-il encore le gardien vigilant des libertés publiques, ou est-il devenu spectateur des décisions majeures qui engagent la nation ?

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