Transports publics au Gabon : investir dans le neuf sans sauver l’existant ?

Alors que plusieurs anciens bus de la Société gabonaise de transport (Sogatra) restent immobilisés, parfois à l’abandon dans des parkings ou des dépôts techniques, l’État poursuit l’acquisition de nouveaux véhicules pour renforcer le réseau urbain. La décision, présentée comme un signal fort de modernisation sous l’impulsion du Président Brice Clotaire Oligui Nguema, suscite cependant des interrogations légitimes sur la cohérence de la stratégie adoptée.
Investir dans du matériel neuf peut se justifier par l’urgence d’améliorer la qualité du service et de répondre à la demande croissante des usagers. Toutefois, la présence visible d’anciens bus hors service pose une question fondamentale : pourquoi ces véhicules n’ont-ils pas été réhabilités, lorsque cela était techniquement et financièrement possible, avant d’engager de nouvelles dépenses ? En matière de gestion publique, l’optimisation des ressources impose d’évaluer d’abord le potentiel de l’existant avant de mobiliser des fonds supplémentaires.
La problématique de la maintenance est au cœur du débat. Les précédentes vagues d’acquisition de bus ont souvent été suivies d’une dégradation rapide du parc, faute de pièces détachées disponibles, de maintenance préventive structurée et de suivi technique rigoureux. Sans réforme profonde du modèle d’entretien et de gestion, rien ne garantit que les nouveaux véhicules ne connaîtront pas le même sort que leurs prédécesseurs. La modernisation d’un réseau de transport ne repose pas uniquement sur l’achat d’équipements, mais sur la capacité à en assurer la durabilité.
Cette situation relance également la question de l’utilisation optimale des fonds publics. Dans un contexte budgétaire contraint, chaque investissement devrait s’inscrire dans une logique d’efficacité, de transparence et de rendement socio-économique mesurable. L’opinion publique est en droit de se demander si l’accent est mis sur la performance à long terme du service ou sur la multiplication d’annonces visibles à court terme. La frontière entre politique publique structurante et communication politique peut parfois sembler ténue.
À l’heure où une fusion entre la Sogatra et Trans’Urb est envisagée pour rationaliser le secteur, la question devient encore plus stratégique. Une restructuration réussie devrait commencer par un audit complet du parc existant, une clarification des besoins réels et la mise en place d’un plan de maintenance chiffré et contraignant. Sans ces garanties, l’acquisition de nouveaux bus risque d’apparaître comme une réponse partielle à un problème structurel.
Moderniser le transport public est une nécessité pour le développement économique et la mobilité des citoyens. Mais la crédibilité de cette ambition dépendra de la capacité des autorités à démontrer que chaque franc investi sert prioritairement l’efficacité, la durabilité et l’intérêt général, et non la simple accumulation de réalisations affichables.



