Critiques

Wi-Fi dans le train : faut-il vraiment applaudir cet “exploit” en 2025 ?

Le Gabon a désormais le Wi-Fi dans ses trains voyageurs. Annoncée en grande pompe à Owendo, saluée par cinq ministres, célébrée comme une avancée majeure, l’initiative de la Setrag et de ses partenaires est présentée comme un tournant dans la modernisation du transport ferroviaire. Mais une question s’impose, presque gênante : devrait-on réellement se réjouir, en 2025, d’un accès à WhatsApp dans un train, quand l’électricité et l’eau potable restent des luxes intermittents dans de nombreuses villes du pays ?

Soyons clairs : connecter un train à internet n’a rien de scandaleux en soi. Dans de nombreux pays, c’est devenu une norme depuis plus d’une décennie. Le problème n’est donc pas le Wi-Fi, mais le récit qui l’entoure. Présenter cette initiative comme un exploit technologique majeur interroge sérieusement l’échelle de nos priorités nationales.

En 2025, offrir une messagerie gratuite sur un trajet de huit heures relève moins de l’innovation que du rattrapage tardif. D’autant que l’accès est limité, expérimental, et ne concerne pour l’instant que quelques wagons. On parle d’un service partiel, dans une phase pilote, financé à hauteur de 327 millions de FCFA. Une somme respectable, mais qui soulève une autre question : est-ce là l’usage le plus urgent de ressources publiques et parapubliques dans le contexte gabonais actuel ?

Eau et électricité : les grands absents du discours

Pendant que l’on célèbre la connectivité satellitaire à bord du Transgabonais, des milliers de Gabonais vivent toujours au rythme des délestages électriques, des coupures d’eau prolongées et des branchements précaires. Or, l’accès à l’eau potable et à l’électricité n’est pas un luxe ni un service premium : ce sont des droits constitutionnels.

Dans certaines localités de l’intérieur du pays, mais aussi dans des quartiers entiers de Libreville et de Port-Gentil, l’eau ne coule pas régulièrement des robinets et le courant disparaît sans préavis. Dans ce contexte, le contraste est saisissant : un train connecté traverse des villes parfois plongées dans le noir. Le symbole est fort, peut-être trop.

Autre élément qui interpelle : la solennité du lancement. Cinq ministres mobilisés pour inaugurer une connexion internet ferroviaire. Était-ce réellement nécessaire ? La question n’est pas anodine. À force de cérémonial, on finit par donner à des projets techniques une portée politique qu’ils n’ont pas toujours.

Cette surreprésentation gouvernementale pose un problème de perception. Elle donne l’impression que l’État se satisfait de petites victoires visibles, faciles à communiquer, pendant que des chantiers structurels, plus complexes et moins photogéniques, avancent péniblement. Le risque est clair : transformer la communication institutionnelle en substitut de l’action de fond.

Le progrès, oui, la hiérarchie des urgences, surtoutIl ne s’agit pas de rejeter toute modernisation ni de nier l’utilité du numérique. Le progrès n’est pas le problème. La hiérarchisation des urgences l’est. Un pays ne se modernise pas uniquement par des symboles technologiques, mais par la garantie des services essentiels à sa population.

Le Wi-Fi dans le train peut améliorer le confort de certains voyageurs. L’eau et l’électricité améliorent la dignité de millions de citoyens. Entre les deux, le choix devrait être évident, ou, à tout le moins, assumé sans mise en scène excessive.

En définitive, cette initiative révèle moins une avancée spectaculaire qu’un malaise plus profond : celui d’un pays qui applaudit des normalités tardives, faute d’avoir réglé l’essentiel. Le véritable exploit, le jour où il arrivera, sera peut-être plus silencieux : celui d’un Gabon où l’on n’aura plus besoin de célébrer l’accès à des services de base… ni de mobiliser cinq ministres pour prouver que le progrès est en marche.

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