Critiques

SEEG : haute tension dans les chiffres, basse lumière dans les maisons

Depuis 2024, plus de 200 milliards de FCFA ont été mobilisés pour tenter de stabiliser le réseau électrique, selon des données relayées autour de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon et des autorités. Le chiffre est clair, l’effort est réel, mais une question demeure : que produisent concrètement ces 200 milliards dans la vie quotidienne des Gabonais ?

Car dans le même temps, la réalité du terrain est tout aussi précise : dans le Grand Libreville, les délestages peuvent atteindre jusqu’à deux heures par jour, selon les explications techniques du secteur lui-même. L’investissement est donc massif, mais la coupure reste, elle, quotidienne.

Ces délestages ne relèvent pas d’un simple incident ponctuel. Ils s’expliquent par des causes structurelles connues : une demande en électricité en hausse d’environ 5 % par an, que les capacités actuelles peinent à suivre. Le déséquilibre est mécanique : la consommation progresse plus vite que le système ne s’adapte.

Face à cela, les réponses annoncées confirment la tension du réseau. La Société d’Énergie et d’Eau du Gabon a engagé un plan de redressement 2025–2028, avec notamment 100 MW supplémentaires attendus et des lignes capables d’acheminer environ 160 MW sur certains axes critiques. Ces chiffres sont importants, mais ils traduisent surtout une urgence : on n’ajoute pas 100 MW si le système est stable.

Le diagnostic posé aujourd’hui est pourtant familier : infrastructures vieillissantes, retards d’investissement, réseau fragilisé. Autrement dit, malgré les milliards injectés, les causes profondes restent les mêmes, comme si le problème se déplaçait sans jamais disparaître.

Le paradoxe devient alors difficile à ignorer. D’un côté, les autorités reconnaissent qu’il faudrait près de 2 000 milliards de FCFA par an pendant plusieurs années pour moderniser pleinement le secteur. De l’autre, des investissements de quelques centaines de milliards sont engagés pour contenir une crise déjà installée. On corrige, mais on ne transforme pas.

Résumons, calmement. Oui, plus de 200 milliards ont été investis en deux ans. Oui, un plan structuré 2025–2028 est en cours. Oui, la demande est connue, mesurée, anticipée. Mais malgré tout cela, les délestages persistent et s’installent dans le quotidien des populations.

Ce n’est pas un problème de discours. C’est un problème de cohérence entre les montants engagés et les résultats obtenus. L’électricité ne se mesure pas en milliards annoncés, mais en heures sans coupures.

Aujourd’hui, au Gabon, les investissements sont visibles dans les communiqués, mais les coupures le sont dans les foyers. Et entre les deux, il y a un écart que les chiffres, aussi impressionnants soient-ils, ne parviennent plus à masquer. Merci pour les 200 milliards. Sincèrement. À présent, faites en sorte que la lumière reste allumée.

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