Critiques

AGASA : entre salubrité publique et urgence de sensibilisation.

Depuis plusieurs semaines, l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA) multiplie les descentes sur le terrain à travers le pays. De Libreville à Akanda, en passant par Franceville, plusieurs restaurants et gargotes ont été fermés pour non-respect des normes d’hygiène.

Les inspections ont révélé des faits préoccupants : insalubrité des lieux, présence de nuisibles, mauvaise conservation des aliments et matériel non conforme, autant de manquements jugés dangereux pour la santé des consommateurs.

À première vue, ces actions traduisent une volonté ferme de l’État de protéger les populations. En retirant du circuit des établissements à risque et des produits impropres à la consommation, l’AGASA joue pleinement son rôle de bouclier sanitaire. Dans un contexte où les intoxications alimentaires restent fréquentes, cette rigueur apparaît non seulement nécessaire, mais urgente.

Cependant, cette dynamique soulève aussi plusieurs interrogations. La fermeture des commerces, bien que justifiée, semble intervenir souvent après constat de situations déjà critiques. Autrement dit, la réaction prime encore sur la prévention. Or, la sécurité alimentaire ne peut reposer uniquement sur des opérations coup de poing ; elle exige un travail continu de formation, de sensibilisation et de suivi des acteurs du secteur.

Le drame récent survenu à Oyem, où deux jeunes filles ont perdu la vie après avoir consommé des friandises d’origine et de conservation inconnues, rappelle tragiquement les limites du système actuel.

Ce type d’action met en lumière un problème plus profond : l’absence de traçabilité des produits alimentaires vendus, notamment autour des établissements scolaires, et le manque d’information des consommateurs, souvent des enfants, sur les risques encourus.

Ainsi, si l’action de l’AGASA est salutaire, elle gagnerait à s’inscrire dans une approche plus globale. Au-delà des fermetures, il devient indispensable de renforcer les contrôles en amont, d’éduquer les commerçants sur les bonnes pratiques, et surtout de sensibiliser les populations, notamment les plus jeunes, à la qualité et à l’origine des aliments qu’ils consomment.

En somme, l’AGASA agit, mais le défi reste immense : passer d’une politique de sanction à une véritable culture de prévention sanitaire au Gabon.

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