Routes gabonaises : des centaines de milliards investis, un réseau toujours en retard

Entre 2015 et 2025, la Banque Africaine de Développement (BAD) a financé une vingtaine de projets au Gabon pour un montant global avoisinant les 600 milliards de francs CFA. Une part significative de ces ressources a été orientée vers le secteur routier. Pourtant, le constat reste préoccupant : sur près de 10 000 kilomètres de réseau, moins de 2 000 sont aujourd’hui bitumés, soit environ 20 %.
Ce décalage entre les investissements annoncés et les résultats visibles était au cœur de la récente mission d’inspection menée dans le Woleu-Ntem par le ministre des Travaux publics, Edgard Moukoumbi. De Bitam à Oyem, plusieurs chantiers ont fait l’objet de réceptions provisoires, révélant des avancées, mais aussi des limites persistantes.
Sur un premier tronçon de 36 kilomètres, seuls 18 kilomètres ont été entièrement bitumés. Sur un second axe long de 32 kilomètres, 13 kilomètres ont été réalisés en grave bitume, une structure durable, tandis que 21 kilomètres restent en grave non traitée, une solution temporaire nécessitant des travaux complémentaires. Quant au pont en construction sur la rivière Woleu, les infrastructures de base sont achevées, mais l’ouvrage n’est pas encore pleinement opérationnel.
Face à ces résultats mitigés, le ministre a reconnu lui-même certaines insuffisances, évoquant notamment des contraintes techniques et financières ayant empêché d’atteindre un bitumage intégral. Un aveu qui tranche avec les discours habituellement plus optimistes et qui renforce les interrogations sur l’efficacité globale des projets engagés.
Des retards chroniques qui s’accumulent
Le cas de la route Ndendé-Doussala illustre les difficultés structurelles du secteur. À ce jour, à peine 27 % des travaux ont été réalisés, alors que plus de 60 % du délai contractuel est déjà écoulé. En cause, selon les équipes techniques : des défaillances dans l’organisation de l’entreprise en charge du chantier.
Sur le terrain, ces retards ont des conséquences directes. Les populations locales dénoncent l’irrégularité des travaux et l’abandon progressif de certains sites. L’arrêt des engins, la dégradation des pistes et l’isolement persistant de certaines zones continuent de peser sur la vie quotidienne et les activités économiques.
Une question de gouvernance plus que de moyens
Au-delà des contraintes techniques, c’est toute la chaîne de gestion des projets qui est mise en cause : attribution des marchés, suivi des travaux, contrôle de l’exécution. Car malgré des financements importants, les résultats restent en deçà des attentes.
Les autorités affichent désormais leur volonté de renforcer le pilotage des projets et d’instaurer une véritable culture de la redevabilité. L’objectif est clair : améliorer l’impact concret des investissements publics et garantir que chaque financement se traduise en infrastructures réellement utilisables.
Mais au regard des chiffres actuels, le problème dépasse la seule ingénierie. Il pose une question centrale : celle de l’efficacité de la dépense publique. Car en matière de routes, l’enjeu n’est plus seulement de mobiliser des fonds, mais de s’assurer qu’ils produisent des résultats visibles, durables et mesurables.



