Médias gabonais : entre signaux forts et chantiers en attente

À l’occasion de la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux au chef de l’État, la presse gabonaise a fait entendre sa voix. Porte-parole de la corporation, Désiré Ename s’est exprimé devant le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, dans un discours mêlant reconnaissance des avancées enregistrées et interpellations fermes sur les défis persistants du secteur.
Dès les premières minutes de son intervention, le représentant des médias est revenu sur un geste marquant posé au début de la Transition. Le 4 septembre 2023, lors de sa prestation de serment, le président Oligui Nguema avait placé la presse en tête du protocole. Un choix perçu par les journalistes comme un signal politique fort. Selon Désiré Ename, cette décision traduisait la volonté du chef de l’État d’exposer son action publique au regard critique des médias, dans un esprit de transparence et de responsabilité. L’appel présidentiel lancé peu auparavant aux journalistes à s’exprimer librement, sans travestir la vérité, est également cité comme un tournant dans les relations entre le pouvoir et la presse.
Le porte-parole a ensuite souligné les mesures concrètes engagées depuis le début de la Transition en faveur du secteur. Parmi elles figurent l’intégration de 500 agents dans la Fonction publique au profit de l’audiovisuel d’État, le renforcement des dotations financières des rédactions publiques, la remise à niveau de plusieurs stations provinciales et le retour progressif de Radio Gabon dans des localités longtemps privées de couverture médiatique. Il a également salué la construction du nouveau siège de Gabon 24, désormais détaché du Palais présidentiel, ainsi que les perspectives de relance de la radio panafricaine Africa N°1.
Pour autant, le tableau dressé reste contrasté. Désiré Ename a attiré l’attention sur l’état préoccupant de la Maison Georges Rawiri, siège historique de Gabon 1ère, aujourd’hui en situation de dégradation avancée. Un symbole, selon lui, des urgences qui demeurent dans le paysage médiatique public.
La situation de l’Agence gabonaise de presse (AGP) a également été évoquée. Présentée comme un maillon essentiel de l’information nationale, l’AGP traverse une phase de fragilisation qui appelle, selon la corporation, des réponses rapides et structurelles. Concernant la presse privée, le représentant des journalistes a reconnu l’effort consenti par l’État à travers la revalorisation de la subvention annuelle, tout en soulignant les difficultés persistantes liées à la hausse des coûts du papier et à la pression croissante du numérique sur les modèles économiques traditionnels.
Sur le plan institutionnel, plusieurs réformes ont été jugées prioritaires. La presse appelle notamment à une harmonisation des textes juridiques, afin de lever les contradictions entre la dépénalisation des délits de presse prévue par le Code de la communication et leur maintien dans le Code pénal. Une fiscalité plus adaptée aux réalités des entreprises de presse figure également parmi les revendications. Désiré Ename a par ailleurs plaidé pour une réforme de la Redevance audiovisuelle et cinématographique, afin qu’elle profite effectivement à l’audiovisuel public et à l’Institut gabonais de l’image et du son (IGIS), dont la modernisation est présentée comme un levier essentiel pour la relance du cinéma national.
Se projetant vers l’avenir, le porte-parole de la corporation a affiché une ambition assumée : positionner le Gabon comme un pôle de référence des médias en Afrique. Dans cette optique, il a annoncé l’organisation à Libreville, du 21 au 25 janvier prochains, de la première Conférence internationale de la presse francophone, sous l’égide de l’Union internationale de la presse francophone (UPF). Un rendez-vous que les professionnels souhaitent voir placé sous le haut patronage du chef de l’État.
En conclusion, Désiré Ename a rappelé un principe fondamental : une presse libre et responsable ne constitue pas un contre-pouvoir hostile, mais un socle indispensable de l’État de droit. Un message qui, au-delà des hommages, engage les autorités à poursuivre la refondation du paysage médiatique gabonais.



