Mouila : La chaîne pénale sous pression après une affaire sensible

La tension observée ces derniers jours au sein de la chaîne pénale à Mouila, dans la province de la Ngounié, amorce une décrue. En déplacement le 22 avril, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux chargé des Droits humains, Augustin Emane, est intervenu pour désamorcer la crise née de graves dissensions entre magistrats, Officiers de Police Judiciaire (OPJ) et agents de la Sécurité pénitentiaire. Au cœur de son action : restaurer le dialogue, mais surtout faire toute la lumière sur une affaire aux implications sensibles.
À l’origine de cette situation, l’interpellation puis la mise en examen de trois agents pénitentiaires, soupçonnés d’avoir soustrait des produits prohibés, dont du chanvre indien, au sein même du palais de justice de Mouila. Un dossier qui a rapidement envenimé les relations entre les différents corps judiciaires, chacun pointant des dysfonctionnements et des responsabilités.
Face à la gravité des faits et aux tensions qu’ils ont engendrées, le ministre a opté pour une double approche : apaiser et enquêter. « Toute la lumière doit être faite, sans précipitation ni complaisance », a-t-il insisté, rappelant l’exigence d’exemplarité qui incombe aux institutions judiciaires.
Réunis à la Cour d’appel de Mouila, magistrats, greffiers, OPJ et responsables pénitentiaires ont été invités à renouer le fil du dialogue. Le Garde des Sceaux a insisté sur un principe central : le bon fonctionnement de la justice repose sur la confiance mutuelle et le respect strict des règles professionnelles. Un message destiné à recadrer les relations dans un contexte marqué par la suspicion et les tensions internes.
Dans la foulée, deux enquêtes administratives ont été lancées. Elles ont été confiées à l’Inspection générale des services judiciaires ainsi qu’à l’Inspection des services de la Sécurité pénitentiaire. Leur objectif : établir les faits, situer les responsabilités et, au-delà, identifier les failles éventuelles du système. Car l’enjeu dépasse désormais le simple cadre disciplinaire. Il s’agit aussi de comprendre comment de tels faits ont pu se produire au sein même d’une institution judiciaire.
Au-delà de la gestion immédiate de cette crise, cette séquence soulève des interrogations plus larges : quelles garanties pour l’intégrité de la chaîne pénale ? Quels mécanismes de contrôle pour prévenir de telles dérives ? Et surtout, comment restaurer durablement la confiance entre les acteurs de la justice ?
Lors de son séjour, Augustin Emane a également échangé avec le gouverneur de la province, Francis Oyinamono, ainsi qu’avec les différents corps concernés, en présence du général Jean-Germain Effayong Onong. La mobilisation d’une délégation de la gendarmerie nationale venue de Libreville témoigne du caractère sensible de l’affaire.
Présentée comme une mission d’apaisement, cette intervention ministérielle prend ainsi une dimension plus large : celle d’un test grandeur nature pour la cohésion et la crédibilité de l’appareil judiciaire gabonais. Reste désormais à savoir si les conclusions des enquêtes permettront non seulement de situer les responsabilités, mais aussi d’engager les réformes nécessaires pour éviter que de telles tensions ne se reproduisent.



