Plus de deux semaines après le retour progressif à la normale de la fourniture en électricité à Owendo, Bikélé et dans plusieurs quartiers du Grand Libreville, les mesures compensatoires promises par le gouvernement à la suite du black-out de mai dernier peinent à se matérialiser. Une situation qui alimente l’incompréhension des usagers et relance le débat sur le respect des engagements publics.
Le 26 mai 2026, alors que des dizaines de milliers de ménages subissaient encore les conséquences de l’explosion survenue au poste 20 kV de la centrale thermique d’Owendo, le gouvernement avait annoncé une série de mesures destinées à atténuer les préjudices causés par près de quatre jours de coupures d’électricité. Les autorités avaient notamment promis des compensations sur les factures de consommation électrique des abonnés touchés, ainsi que le déploiement d’équipes chargées d’évaluer les pertes subies par les ménages et les opérateurs économiques.
À l’époque, le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, évoquait des mesures pouvant concerner entre 70 000 et 100 000 abonnés. Les pouvoirs publics annonçaient également un recensement des denrées alimentaires perdues, des équipements électroménagers endommagés et des pertes enregistrées par les petits commerces.
Pourtant, plusieurs jours après la fin de la crise, aucune communication officielle n’est venue préciser le calendrier de mise en œuvre de ces compensations. Aucune réduction généralisée n’a encore été constatée sur les factures des usagers concernés et les équipes censées procéder à l’évaluation des dommages demeurent discrètes sur le terrain. Cette absence de visibilité nourrit un sentiment de frustration chez de nombreux habitants, qui avaient accueilli favorablement les annonces gouvernementales.
Au-delà de la question du délai, c’est celle de la crédibilité de l’action publique qui se pose. Dans la gestion des crises, les annonces constituent souvent une réponse immédiate destinée à apaiser les tensions sociales. Mais lorsqu’elles ne sont pas suivies d’effets visibles ou d’une communication régulière sur leur état d’avancement, elles peuvent produire l’effet inverse : renforcer la défiance des citoyens à l’égard des institutions.
Le dossier était pourtant complexe dès son origine. Plusieurs observateurs s’interrogeaient déjà sur les modalités concrètes d’évaluation des pertes. Comment déterminer la valeur des aliments avariés ? Quels justificatifs demander aux commerçants du secteur informel ? Quels critères retenir pour estimer les dommages causés aux appareils électroménagers ? Autant de questions qui nécessitaient des procédures claires et transparentes.
L’absence d’informations officielles laisse aujourd’hui place aux spéculations. Les usagers ignorent si les compensations sont toujours à l’étude, si leur mise en œuvre a pris du retard ou si les modalités initialement annoncées ont été revues. Dans un contexte où les délestages et les perturbations énergétiques restent une préoccupation récurrente pour les populations, ce silence apparaît difficilement compréhensible.
Il convient toutefois de rappeler que la gestion d’un dossier impliquant potentiellement jusqu’à 100 000 abonnés, représente un défi administratif et financier considérable. L’évaluation des préjudices, leur validation et leur éventuelle indemnisation nécessitent des mécanismes rigoureux, afin d’éviter les abus et les contestations. Cette réalité peut expliquer certains délais. Mais elle ne saurait justifier une absence totale de communication sur l’avancement du processus.
Finalement, au-delà de la question des compensations, cette affaire met en lumière un enjeu plus large : celui de la relation de confiance entre l’État et les citoyens. Une promesse publique engage la parole de ceux qui la formulent. Lorsqu’elle tarde à être concrétisée ou expliquée, elle risque d’être perçue comme une annonce de circonstance, davantage destinée à calmer une crise qu’à réparer effectivement les préjudices subis.
Les populations concernées attendent désormais moins des promesses que des actes. À défaut, les compensations annoncées après le black-out d’Owendo pourraient rejoindre la longue liste des engagements dont le souvenir persiste davantage que la réalisation.



