Gabon : à Genève, l’ONU alerte sur la persistance de la torture et des zones d’ombre carcérales

Le Gabon fait face à un examen délicat devant le Comité des Nations Unies contre la torture, réuni à Genève du 13 avril au 1er mai 2026. À l’occasion de cette session, les experts onusiens ont passé au crible la situation du pays en matière de prévention de la torture, sur la base notamment d’un rapport alternatif soumis par l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) et plusieurs organisations de la société civile gabonaise. Le constat dressé est préoccupant : les violations dénoncées par le passé semblent perdurer.
Le document transmis au Comité évoque des cas de violences en détention, d’arrestations arbitraires et de recours à la contrainte pour extorquer des aveux. Ces allégations, étayées par des témoignages d’anciens détenus, d’avocats et d’acteurs associatifs, mettent en lumière des défaillances structurelles persistantes. Parmi elles : un accès limité à l’assistance juridique dès les premières heures de garde à vue et un contrôle judiciaire jugé insuffisant.
Les experts ont également attiré l’attention sur la situation carcérale, notamment à la prison centrale de Libreville, où la surpopulation atteindrait des niveaux critiques. Certains détenus y seraient maintenus en détention préventive pendant plusieurs années, parfois plus d’une décennie, sans jugement.
Autre point d’inquiétude soulevé : l’existence présumée de lieux de détention non officiellement reconnus. Ces sites, évoqués dans les échanges à Genève, alimentent les craintes d’un système parallèle échappant aux mécanismes de contrôle habituels. À cela s’ajoute ce que les observateurs qualifient d’« impunité persistante », les poursuites contre les auteurs présumés de mauvais traitements restant rares.
Un contexte politique qui n’efface pas les critiques
Si ces problématiques sont régulièrement évoquées depuis plusieurs années, leur réapparition dans les débats internationaux intervient dans un contexte particulier, marqué par le changement de régime intervenu en 2023. Pour les ONG à l’origine du rapport, les pratiques dénoncées ne relèvent pas uniquement du passé, mais continueraient d’exister.
Certaines affaires récentes, largement médiatisées, ont contribué à raviver l’attention sur ces questions. Des accusations de mauvais traitements formulées par d’anciens détenus ont notamment donné lieu à des procédures judiciaires à l’étranger, tandis que les autorités gabonaises ont, de leur côté, rejeté ces allégations, les qualifiant d’infondées.
Des recommandations en attente d’application
Face à ces constats, les organisations à l’origine du rapport appellent à des mesures concrètes. Elles recommandent notamment une révision du cadre légal pour mieux encadrer la prévention de la torture, ainsi que la mise en œuvre effective du mécanisme national dédié à cette question, prévu par la législation récente mais encore non opérationnel.
L’ouverture des lieux de détention à des acteurs indépendants figure également parmi les pistes avancées pour renforcer la transparence et restaurer la confiance. Pour les observateurs, la phase actuelle de réformes politiques pourrait constituer une opportunité pour engager ces changements. Reste à savoir si les engagements annoncés se traduiront en actions concrètes.
Les conclusions finales du Comité sont attendues dans les prochaines semaines. Elles devraient préciser les attentes de la communauté internationale et servir de feuille de route pour les autorités gabonaises en matière de respect des droits fondamentaux.



