Affaire Bilie-By-Nze : un avocat français internationalise le bras de fer judiciaire

L’affaire Alain-Claude Bilie-By-Nze prend désormais une dimension internationale. La défense de l’ancien Premier ministre gabonais vient de franchir un cap majeur avec l’entrée en scène d’Arthur Vercken, avocat pénaliste français réputé pour avoir plaidé devant plusieurs des plus hautes juridictions criminelles internationales. Une implication qui place désormais le dossier bien au-delà du seul cadre judiciaire gabonais.
Selon des informations relayées le 22 mai par Jeune Afrique, sur la base d’une dépêche de l’AFP, l’avocat parisien a saisi la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) afin de contester la détention préventive de l’opposant gabonais, qu’il juge juridiquement infondée. En parallèle, des démarches auraient également été entreprises auprès des Nations Unies, de la présidence française et du ministère français des Affaires étrangères.
Une détention qui devient un dossier international
Détenu depuis le 16 avril 2026, Alain-Claude Bilie-By-Nze, président du parti Ensemble Pour le Gabon (EPG), fait l’objet d’une enquête portant sur des faits présumés d’abus de confiance et d’escroquerie remontant à 2008.D’après les éléments rapportés par l’AFP, les faits concernent l’organisation d’un événement public à une époque où l’ancien Premier ministre était député. L’État gabonais ayant tardé à débloquer les financements prévus, plusieurs organisateurs auraient avancé eux-mêmes des fonds. L’un des protagonistes de l’époque reprocherait aujourd’hui à Alain-Claude Bilie-By-Nze de ne pas lui avoir remboursé certaines sommes engagées.
Mais pour la défense, ce différend ne relève en rien du pénal. Arthur Vercken estime qu’aucune infraction clairement identifiable ne peut justifier le placement en détention provisoire d’un ancien chef du gouvernement et principal opposant politique du pays. L’arrestation de Bilie-By-Nze intervient par ailleurs dans un climat politique particulièrement tendu.
Ces derniers mois, l’opposant avait multiplié les prises de position critiques contre la suspension des réseaux sociaux, instaurée depuis le 17 février, ainsi que contre la réforme du code de la nationalité adoptée par ordonnance, sans débat parlementaire.
Arthur Vercken, un poids lourd du droit pénal international
L’arrivée d’Arthur Vercken dans le dossier marque un tournant stratégique pour la défense. Avocat au Barreau de Paris depuis 1993, il s’est illustré dans plusieurs affaires emblématiques devant les grandes juridictions pénales internationales.
Il a notamment plaidé devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, ainsi qu’aux Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens, où il avait défendu l’ancien dirigeant khmer rouge Khieu Samphan.
Habitué des dossiers sensibles mêlant justice, politique et droits fondamentaux, l’avocat français semble vouloir déplacer le débat sur le terrain du droit international et des libertés publiques
« Une horreur juridique »
Arthur Vercken ne cache d’ailleurs pas sa sévérité à l’égard de la procédure engagée contre son client. Dans des propos rapportés par l’AFP, il dénonce une affaire juridiquement vide. « On nage dans l’absurdité totale : d’un point de vue juridique, il y a zéro escroquerie, zéro abus de confiance, et une incarcération sur ces fondements, c’est de l’ordre de l’horreur juridique », a-t-il déclaré.
Des propos particulièrement forts qui traduisent une volonté assumée d’exposer cette affaire devant les instances continentales et internationales. À travers cette stratégie, la défense entend faire du dossier Bilie-By-Nze un sujet de vigilance pour les institutions africaines et les organisations de défense des droits humains.
Au-delà du cas personnel de l’ancien Premier ministre, cette affaire pourrait désormais devenir un nouveau point de tension diplomatique et judiciaire entre Libreville et certains partenaires internationaux attentifs à l’évolution des libertés publiques au Gabon.



