SING SA : l’audit Deloitte au cœur du départ de Yannick Ebibie

La Société d’incubation numérique du Gabon (SING SA) entre dans une nouvelle phase de son histoire. Après plusieurs années consacrées à l’accompagnement des startups et au développement de l’écosystème numérique gabonais, la structure fait aujourd’hui face à une réorganisation dont les contours restent encore à préciser. Au centre de cette transition : le départ de son directeur général, Yannick Ebibie Nze, et les conclusions d’un audit réalisé par le cabinet Deloitte.
Révélée dans un premier temps par la presse nationale, l’information a été précisée par L’Union le 27 août. Selon une source proche du dossier citée par le quotidien, la décision de mettre fin aux fonctions de Yannick Ebibie serait intervenue à la suite d’un conseil d’administration organisé après la réalisation de cet audit. Celui-ci aurait relevé « plusieurs manquements et incohérences » dans le fonctionnement et la gestion de la société.
Des difficultés financières au cœur des interrogations
Parmi les éléments qui auraient particulièrement retenu l’attention figurent la situation financière et les charges courantes de la SING SA. La société aurait accumulé plusieurs mois d’impayés de loyers et rencontré des difficultés récurrentes dans le règlement des salaires de ses employés.
Ces difficultés pourraient également éclairer le récent départ des locaux historiques de la structure, situés au centre-ville de Libreville. À ce jour, aucune nouvelle adresse officielle n’aurait été communiquée publiquement, alimentant les interrogations sur les conditions dans lesquelles la SING poursuit ses activités.
Pour autant, contrairement à certaines informations ayant circulé ces derniers jours, la SING SA ne serait pas appelée, à ce stade, à disparaître. Les éléments disponibles font plutôt état d’une volonté de réorganiser la structure et de revoir son fonctionnement ainsi que son modèle économique.
Une direction désormais sous intérim
En attendant la désignation d’un nouveau directeur général, la gestion de la société est assurée à titre intérimaire par Cyrille Ndong, directeur général adjoint de la Société du patrimoine et des infrastructures numériques (SPIN). Ce choix revêt une importance particulière puisque la SPIN détient 30 % du capital de la SING SA pour le compte de l’État gabonais. Cette présence dans l’actionnariat place donc l’entreprise publique au cœur de la période de transition que traverse actuellement la société.
Plusieurs hypothèses sont désormais évoquées pour l’avenir de la SING. Parmi les scénarios mentionnés figurent une reprise plus importante par l’État, une évolution de son statut institutionnel ou encore un rattachement plus direct à la SPIN. Une éventuelle fusion avec le Centre gabonais de l’innovation (CGI) est également évoquée, même si aucune décision définitive n’a, à ce stade, été officiellement annoncée.
Un bilan désormais soumis à examen
La situation actuelle contraste avec les ambitions affichées lors de la création et du développement de la SING. Lancée dans le cadre du projet eGabon, notamment soutenu par la Banque mondiale, la structure avait pour vocation d’accompagner les porteurs de projets, de favoriser l’émergence des startups et de contribuer à la structuration de l’écosystème numérique national.
Depuis 2018, la SING revendique l’accompagnement de plus de 314 startups et la mobilisation d’environ 550 millions de FCFA au bénéfice des entrepreneurs. Des données qui constituent aujourd’hui un élément important du débat sur l’efficacité et la viabilité du modèle mis en place.
Car au-delà du seul départ de Yannick Ebibie, c’est désormais la gouvernance et le modèle économique de la structure qui semblent devoir être réévalués. Comment une entreprise ayant bénéficié de financements et occupé une place importante dans la stratégie d’accompagnement de l’innovation numérique en est-elle arrivée à connaître des difficultés aussi importantes dans son fonctionnement courant ?
La réponse pourrait se trouver, en partie, dans les conclusions complètes de l’audit Deloitte. Or, celles-ci n’ont pas été rendues publiques dans leur intégralité. Il convient donc, à ce stade, de distinguer les éléments rapportés par les sources proches du dossier des conclusions officiellement communiquées par les autorités ou les instances dirigeantes de la SING.
Quelle SING après cette crise ?
Le départ de Yannick Ebibie marque ainsi davantage qu’un simple changement à la tête de la société. Il ouvre une période de remise à plat pour une structure créée pour accompagner la transformation numérique du Gabon. Entre maintien de la SING sous une nouvelle gouvernance, restructuration institutionnelle et éventuel rapprochement avec d’autres acteurs publics de l’innovation, plusieurs options semblent désormais sur la table.
La prochaine étape sera donc déterminante : il s’agira pour les actionnaires et le ministère de l’Économie numérique de définir un cadre permettant à la SING de poursuivre sa mission, tout en répondant aux interrogations soulevées par sa situation financière et par l’audit Deloitte. Une chose paraît désormais acquise : après huit années d’existence sous la direction de Yannick Ebibie Nze, la SING SA s’apprête à écrire un nouveau chapitre de son histoire.



