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Arnaques foncières en ligne : le silence numérique de l’ANUTTC, un boulevard pour les escrocs

Si les arnaques foncières prospèrent aujourd’hui sur les réseaux sociaux, c’est aussi parce qu’un vide informationnel persiste du côté des institutions censées encadrer et sécuriser l’accès à la propriété. En l’occurrence, l’Agence Nationale de l’Urbanisme, des Travaux Topographiques et du Cadastre (ANUTTC) demeure étonnamment discrète dans l’espace numérique, alors même que les transactions frauduleuses s’y multiplient.

Facebook, WhatsApp et d’autres plateformes sont devenus les nouveaux marchés informels du foncier, où des parcelles fictives ou déjà attribuées sont proposées à des acheteurs souvent mal informés. Or, face à ce phénomène, l’absence d’une présence digitale claire, accessible et proactive de l’ANUTTC laisse le champ libre aux escrocs. Beaucoup de Gabonais ne savent ni où vérifier l’authenticité d’un terrain, ni comment identifier les démarches légales à suivre avant un achat.

Dans ce contexte, les campagnes de sensibilisation sur le terrain, bien qu’utiles, apparaissent comme une réponse partielle à un problème largement alimenté par l’univers numérique. Tant que l’institution ne disposera pas de plateformes officielles visibles, de services de vérification en ligne ou d’une communication régulière sur les réseaux sociaux, les fraudeurs continueront d’occuper cet espace informationnel.

Autrement dit, lutter contre les arnaques foncières ne consiste pas seulement à prévenir les populations après coup : il s’agit aussi de reprendre le contrôle du terrain numérique où ces escroqueries prennent naissance. Sans cette présence, l’ignorance continuera d’être le meilleur allié des fraudeurs.

Au-delà de la simple question de communication, c’est la capacité de l’État à protéger les citoyens dans l’espace numérique qui est ici posée. Dans un contexte où une grande partie des transactions informelles se négocient désormais en ligne, l’absence d’outils officiels de vérification accessibles au public constitue une faille majeure dans le dispositif de sécurisation du foncier. Une base de données consultable, une plateforme de vérification des parcelles ou même une présence active sur les réseaux sociaux pourraient déjà permettre de réduire considérablement le nombre de victimes.

Car chaque terrain vendu frauduleusement représente bien plus qu’une simple escroquerie : il s’agit souvent de l’épargne de toute une vie qui disparaît. Derrière ces transactions illégales, ce sont des familles entières qui se retrouvent dépossédées, sans recours réel, après avoir investi dans un bien qui n’a parfois aucune existence administrative.

À défaut d’occuper rapidement le terrain numérique, les institutions risquent de laisser prospérer un système parallèle où l’information officielle se fait rare et où les fraudeurs dictent leurs propres règles. Et tant que ce déséquilibre persistera, la prévention sur le terrain, aussi louable soit-elle, restera une réponse tardive face à une négligence qui, pour de nombreux citoyens, peut se payer au prix fort.

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