Politique

Bilie-By-Nze face à la HAC : « la minorité a toute sa place en démocratie »

La suspension des réseaux sociaux au Gabon continue de susciter de vives réactions sur la scène politique. Dans un entretien accordé au quotidien L’Union, Alain-Claude Bilie-By-Nze, président du parti Ensemble Pour le Gabon (EPG), assume pleinement sa position critique et défend le rôle des voix minoritaires dans le débat démocratique.

L’ancien Premier ministre dénonce une décision qu’il qualifie de « grave atteinte aux libertés fondamentales ». À ses yeux, la mesure prise par la Haute autorité de la communication (HAC) ne repose sur aucune base juridique solide et constitue une restriction disproportionnée des droits des citoyens, notamment en matière d’expression et d’accès à l’information.

Cette prise de position intervient après la décision du Tribunal de première instance de Libreville, dont le juge des référés s’est déclaré incompétent pour statuer sur l’affaire. Une issue que conteste fermement le leader de l’EPG, annonçant son intention de faire appel. Selon lui, le débat n’a pas encore été tranché sur le fond, alors même qu’il soulève des enjeux majeurs pour l’État de droit.

Au-delà du volet judiciaire, le ton se durcit également sur le plan politique. Réagissant aux déclarations de Germain Ngoyo Moussavou, qui a qualifié ses positions de celles d’une « minorité bruyante », Bilie-By-Nze rejette catégoriquement cette lecture. Il y voit une remise en cause du pluralisme et une dérive préoccupante dans la manière de concevoir la démocratie.

Pour lui, la légitimité d’une opposition ne se mesure pas à son poids immédiat, mais à sa capacité à porter un projet et à nourrir le débat public. « Une minorité qui ne s’exprime pas est condamnée à disparaître », soutient-il en substance, rappelant que toute alternance politique commence par la confrontation des idées.

Sur le fond du dossier, l’ancien chef du gouvernement met également en cause la compétence de la HAC en matière de régulation des plateformes numériques. Il estime que, dans l’état actuel du droit, cette institution ne dispose pas des prérogatives nécessaires pour décider d’une suspension générale des réseaux sociaux. S’il reconnaît que la question de la régulation numérique est légitime, il insiste sur la nécessité d’un cadre légal clair, défini en amont.

Dans cette optique, il plaide pour une approche plus structurée, reposant sur des textes précis et débattus, plutôt que sur des décisions qu’il juge improvisées. Pour lui, la régulation ne peut se faire au détriment des libertés publiques ni en dehors des principes de proportionnalité.

En toile de fond, cette affaire met en lumière des tensions plus larges autour de la gouvernance et du respect des droits fondamentaux au Gabon. À travers sa prise de parole, Bilie-By-Nze confirme la volonté de son parti de s’imposer comme une force d’opposition sur les questions institutionnelles, en défendant ce qu’il considère comme des principes non négociables.

Dans un contexte politique encore marqué par des recompositions, ce bras de fer autour des libertés numériques pourrait ainsi devenir un révélateur des rapports de force à venir, entre pouvoir en place et opposition, mais aussi entre impératifs sécuritaires et exigences démocratiques.

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