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Santé en ligne : la dangereuse dérive des faux médecins des réseaux sociaux au Gabon

Au Gabon, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux : des individus sans formation médicale ni autorisation légale s’improvisent pharmaciens, nutritionnistes ou dermatologues et commercialisent des produits censés faire grossir, augmenter certaines parties du corps, éclaircir la peau ou « corriger » l’apparence physique. Derrière des promesses séduisantes et un marketing agressif se cache une réalité autrement plus préoccupante : celle d’un exercice illégal, dangereux et lourd de conséquences.

Sur Facebook, Instagram, TikTok ou WhatsApp, les publications se multiplient : « Résultats garantis en 14 jours », « Produit 100 % naturel », « Sans effets secondaires ». Photos avant/après, témoignages invérifiables, discours pseudo-scientifiques… Tout est conçu pour rassurer et convaincre.

Pourtant, la composition réelle de ces produits reste souvent inconnue. Certains peuvent contenir des corticoïdes puissants, des hormones, de l’hydroquinone à forte concentration ou même des substances toxiques comme le mercure. Utilisés sans encadrement médical, ces composants exposent les consommateurs à des troubles hormonaux, des insuffisances rénales, des complications cardiaques, des brûlures cutanées ou des infections graves.

La dépigmentation volontaire de la peau, communément appelée « décapage », illustre particulièrement ces dérives. Au-delà de l’impact esthétique, cette pratique fragilise durablement la peau, augmente les risques d’infections et peut entraîner des lésions irréversibles.

Un exercice illégal puni par la loi

Au Gabon, l’exercice de la médecine et de la pharmacie est strictement encadré par les textes en vigueur. Se présenter comme professionnel de santé sans en avoir le titre constitue une infraction pénale. L’exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie est passible de sanctions, incluant des amendes et des peines d’emprisonnement.

De même, la commercialisation de produits à visée thérapeutique ou cosmétique sans autorisation des autorités compétentes expose leurs vendeurs à des poursuites judiciaires. En l’absence d’agrément, de traçabilité ou de contrôle sanitaire, ces activités relèvent du commerce illégal.

Malgré ce cadre juridique, la prolifération de ces pratiques sur internet laisse apparaître des failles dans la régulation et le contrôle.

Le commerce informel, terreau de l’impunité

La majorité de ces transactions s’effectuent en dehors de tout circuit formel : paiements via mobile money, livraisons discrètes, absence de facture ou de garantie. En cas de complication médicale, les victimes se retrouvent sans recours clair.

Ce commerce informel ne menace pas seulement la santé publique. Il fragilise également l’économie nationale en échappant aux obligations fiscales et en concurrençant déloyalement les professionnels agréés. Pharmaciens, médecins et commerçants déclarés subissent ainsi les conséquences d’une activité qui contourne les règles.

Plus préoccupant encore, cette banalisation de l’illégalité contribue à installer l’idée que la santé peut être improvisée et marchandée.

Une responsabilité partagée

Si ces vendeurs prospèrent, c’est aussi parce qu’ils répondent à une demande. Pression sociale, standards esthétiques importés, quête de validation en ligne : autant de facteurs qui poussent certains consommateurs à privilégier des solutions rapides au détriment de leur sécurité.

La vigilance individuelle demeure essentielle. Avant d’acheter un produit présenté comme « miracle », il est indispensable de vérifier son autorisation, de consulter un professionnel de santé qualifié et de s’interroger sur la crédibilité de la source.

L’urgence d’un encadrement renforcé

Face à l’ampleur du phénomène, un renforcement des contrôles apparaît nécessaire. Surveillance accrue des plateformes numériques, campagnes de sensibilisation, sanctions effectives contre les contrevenants : les autorités disposent d’outils juridiques qu’il convient d’appliquer avec rigueur.

La santé publique ne peut être abandonnée aux logiques du marketing viral. Le corps humain n’est pas un terrain d’expérimentation clandestine, et la quête d’un idéal esthétique ne devrait jamais conduire à mettre sa vie en danger.

À l’heure où l’information circule plus vite que les vérifications, il devient urgent de rappeler une évidence : la médecine est une profession réglementée, pas un commerce improvisé sur les réseaux sociaux.

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