Economie

Manganèse : derrière l’accord avec Eramet, le pari du Gabon sur l’industrialisation de son économie

Le Gabon poursuit sa stratégie de montée en gamme dans le secteur minier. À Paris, le gouvernement gabonais a signé avec Eramet et sa filiale Comilog un protocole d’accord qui fixe les bases d’une transformation accrue du minerai de manganèse sur le territoire national. Plus qu’un simple engagement industriel, ce partenariat s’inscrit dans la volonté des autorités d’anticiper la fin progressive des exportations de minerai brut, prévue à partir de 2029, et de faire de la transformation locale un moteur de diversification économique.

L’accord, signé en présence du président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema et de son homologue français Emmanuel Macron, prévoit une feuille de route pouvant porter les capacités de transformation à 700 000 tonnes de minerai par an d’ici à 2031, contre une capacité aujourd’hui nettement plus limitée.

Une ambition alignée sur la stratégie industrielle du Gabon

Depuis plusieurs années, le Gabon cherche à rompre avec un modèle économique largement fondé sur l’exportation de matières premières peu transformées. Après le bois avec l’interdiction d’exporter les grumes en 2010, le gouvernement entend désormais appliquer cette logique au manganèse, dont le pays figure parmi les principaux producteurs mondiaux.

Le protocole signé avec Eramet s’inscrit dans cette dynamique. Trois projets industriels sont envisagés : une usine d’oxyde de manganèse destinée notamment au marché des batteries, la modernisation du Complexe métallurgique de Moanda et la construction d’une nouvelle usine d’alliages de manganèse près de la côte. Ensemble, ces installations pourraient transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai chaque année à partir de 2031.

Au-delà de l’augmentation des volumes transformés, l’enjeu est de capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national, de renforcer les compétences industrielles et de créer des emplois qualifiés.

Des retombées économiques attendues

Le protocole ne se limite pas aux infrastructures minières. Il prévoit également la création d’un fonds d’amorçage industriel « Fabriqué au Gabon », destiné à accompagner l’émergence d’entreprises locales et à soutenir l’industrialisation d’autres secteurs économiques.

Selon les engagements annoncés, ce dispositif vise la création d’environ 3 000 emplois à terme, en favorisant le développement d’un tissu industriel capable de répondre aux besoins des grands opérateurs comme Comilog et Setrag.

Autre innovation, le développement d’une filière gabonaise de biocharbon, produit à partir des résidus de l’industrie forestière. Cette matière pourrait progressivement remplacer le coke métallurgique importé dans les procédés industriels, réduisant à la fois les coûts d’importation et l’empreinte carbone des activités de transformation.

Le défi énergétique reste déterminant

Si les ambitions affichées sont importantes, leur concrétisation dépendra de plusieurs conditions. La première concerne l’énergie. Les futures usines de transformation, notamment celle dédiée aux alliages de manganèse, nécessiteront des capacités électriques considérables. Le protocole précise d’ailleurs que la République gabonaise devra assurer le développement des infrastructures énergétiques nécessaires, avec l’appui de partenaires spécialisés.

Cette question est loin d’être anodine. Les difficultés d’approvisionnement en électricité observées ces dernières années montrent que l’industrialisation du pays suppose des investissements parallèles dans les infrastructures énergétiques. Sans énergie compétitive et fiable, les projets industriels risquent de perdre leur rentabilité.

Une feuille de route plutôt qu’un engagement définitif

L’accord signé à Paris ne constitue pas encore une décision finale d’investissement. Les trois projets feront l’objet d’études techniques, économiques, environnementales et financières avant tout lancement.Le protocole instaure d’ailleurs un comité de suivi réunissant l’État gabonais, Eramet et Comilog afin d’évaluer régulièrement l’avancement des études et de vérifier que les conditions de rentabilité sont réunies.

Cette prudence traduit une réalité économique : dans une industrie aussi capitalistique que la métallurgie du manganèse, les investissements restent étroitement liés à l’évolution des marchés internationaux, aux coûts de l’énergie et à la compétitivité des sites de production.

Au-delà des annonces, ce protocole marque surtout une nouvelle étape dans l’évolution de la politique minière du Gabon. En misant sur la transformation locale plutôt que sur l’exportation du minerai brut, les autorités cherchent à augmenter la contribution du secteur minier au développement industriel du pays.

Le succès de cette stratégie dépendra toutefois de la capacité du Gabon à réunir plusieurs conditions : sécuriser l’approvisionnement énergétique, développer les infrastructures logistiques, attirer les investissements complémentaires et garantir un environnement économique suffisamment compétitif. Si ces défis sont relevés, l’accord conclu avec Eramet pourrait constituer l’un des principaux leviers de la transformation industrielle du Gabon au cours de la prochaine décennie.

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