Société

Gabon : le SYNAMAG dénonce une institution « sanctionnée avec zèle » mais « refusée d’être outillée »

Le Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG) hausse le ton. Dans un communiqué rendu public le 2 septembre 2026, le Bureau exécutif, dirigé par Landry Abaga Essono, dresse un réquisitoire sévère contre la gestion de la justice gabonaise. Sanctions disciplinaires, retard du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), absence de textes d’application du statut des magistrats, insécurité dans les palais de justice et gestion des recettes judiciaires : le syndicat dénonce ce qu’il considère comme une accumulation de manquements de la part des pouvoirs publics.

Pour le SYNAMAG, la dégradation de l’image de la justice ne saurait être imputée aux seuls magistrats. Le syndicat estime qu’elle résulte également de « renoncements, d’instrumentalisations et d’un sous-investissement chronique » de l’État.

Des palais de justice toujours en attente de rénovation

Premier grief soulevé : les conditions matérielles de travail. Le SYNAMAG déplore l’état des palais de justice et estime que la justice demeure « au bas » des priorités publiques.Selon le syndicat, hormis le palais de justice de Libreville, dont les travaux ont récemment été achevés après plus d’une décennie, aucun autre palais de justice n’aurait encore bénéficié d’une rénovation ou d’une construction nouvelle.

Le syndicat rappelle surtout qu’il y a près d’un an, le gouvernement avait annoncé des travaux de rénovation dans certaines juridictions du pays. Une promesse qui, déplore-t-il, n’aurait toujours pas été suivie d’effets.

Pour le SYNAMAG, il est difficile d’exiger une justice efficace et respectée sans lui fournir des infrastructures, des moyens humains et des équipements adaptés. Le syndicat conteste une justice présentée comme corrompueSur la question de la corruption, le SYNAMAG reconnaît l’existence de comportements déviants au sein de la magistrature et affirme les condamner « sans complaisance ». Mais il refuse que ces cas servent à expliquer à eux seuls la crise de confiance qui touche l’institution.

Le syndicat récuse notamment ce qu’il considère comme une mise en accusation à sens unique de la magistrature. « La justice gabonaise n’est pas plus corrompue que les autres administrations publiques ni que la classe politique de ce pays », soutient-il, estimant que les magistrats ne sauraient être tenus responsables de la gestion globale des finances publiques.

Une prise de position qui intervient alors que le dernier Conseil de discipline a conduit à plusieurs sanctions contre des magistrats. Le SYNAMAG dénonce des sanctions disciplinaires « disproportionnées ».

Le syndicat revient longuement sur les décisions rendues le 25 août dernier par le Conseil de discipline de la magistrature. Tout en précisant n’avoir été saisi directement que par un seul magistrat concerné, le SYNAMAG indique qu’il se tient prêt à accompagner les magistrats sanctionnés qui souhaiteraient contester les décisions devant le Conseil d’État.

Certaines sanctions sont jugées « disproportionnées » par le syndicat, qui estime qu’elles pourraient être annulées. Mais le SYNAMAG adresse également un message aux magistrats eux-mêmes. Il les appelle à l’intégrité, à la rigueur et à l’exemplarité, estimant que les comportements contraires à la déontologie fragilisent la crédibilité de toute l’institution.

Dans le même temps, le syndicat accuse le pouvoir politique d’instrumentaliser certains magistrats avant de se retourner contre eux lorsqu’ils ne lui seraient plus utiles.

L’insécurité dans les juridictions inquiète

Autre préoccupation majeure : la sécurité des magistrats, des greffiers et des justiciables. Le SYNAMAG cite notamment l’incident survenu au palais de justice de Libreville, au cours duquel une femme s’était aspergée de produits inflammables dans une tentative d’immolation. Pour le syndicat, cet épisode illustre les failles du dispositif de sécurité dans les juridictions.

Le cas de Mouila est également présenté comme particulièrement préoccupant. Le syndicat évoque le refus d’exécuter certains mandats de comparution, le retrait de la protection accordée au procureur général ainsi que des actes d’intimidation armée au sein du palais de justice.

Le SYNAMAG estime que de tels faits constituent une remise en cause de l’autorité judiciaire et déplore, sur ce dossier, le silence du ministre de la Justice.

Le CSM toujours attendu

Le syndicat s’alarme également du retard pris par la session ordinaire du Conseil supérieur de la magistrature. Prévue durant la première quinzaine de juillet conformément au statut des magistrats, celle-ci ne s’était toujours pas tenue au moment de la publication du communiqué, alors que la rentrée judiciaire approche.

Conséquence, selon le SYNAMAG : de nombreux magistrats ignorent encore leur future affectation. Le syndicat souligne les conséquences pratiques de cette situation sur les magistrats et leurs familles : recherche de logement, déménagement, frais de transport, inscriptions scolaires et organisation familiale.

Il conteste par ailleurs l’argument selon lequel la tenue préalable du Conseil de discipline aurait justifié le report du CSM. Pour le syndicat, les deux sessions ne sont pas juridiquement dépendantes l’une de l’autre.

Le statut des magistrats toujours sans textes d’application

Le SYNAMAG pointe également le retard dans l’adoption des textes d’application du statut des magistrats.Selon le syndicat, le statut adopté reste partiellement inopérant faute de textes permettant sa pleine mise en œuvre. Une situation qu’il considère comme symptomatique d’un décalage entre les annonces gouvernementales et leur concrétisation.

Le syndicat critique au passage l’action du ministre de la Justice, estimant que celui-ci ferait preuve de davantage de célérité lorsqu’il s’agit de sanctionner des magistrats que lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre les réformes attendues. Le SYNAMAG réclame des explications sur les recettes judiciairesLe dernier volet du communiqué concerne la gestion des recettes générées par l’activité judiciaire.

Le syndicat rappelle qu’une commission mixte avait travaillé sur les modalités de recouvrement et de traçabilité de ces recettes. Son rapport aurait été remis en octobre 2025, avec notamment une proposition visant à faire de la quittance du Trésor public une condition du paiement et de la recevabilité de certaines procédures.

Près d’un an plus tard, le SYNAMAG affirme que les textes issus de ces travaux n’ont toujours pas été adoptés. Le syndicat critique notamment une récente mesure concernant la délivrance du casier judiciaire, qu’il juge trop limitée puisqu’elle ne couvrirait qu’une partie des recettes issues de l’activité judiciaire.

Plus largement, le SYNAMAG demande des explications sur la gestion des recettes liées au casier judiciaire et au greffe du commerce. Il affirme également avoir demandé au ministre de la Justice la communication du solde du « compte justice » logé au Trésor public, sans avoir obtenu de réponse à ce jour.

Ces accusations relèvent de la position du syndicat, qui demande ainsi davantage de transparence et de traçabilité dans la gestion des ressources issues de l’activité judiciaire.

Trois exigences avant la rentrée judiciaire

Au terme de son communiqué, le SYNAMAG affirme vouloir rester mobilisé sur les conditions de travail et l’indépendance de la magistrature. Il annonce par ailleurs une réunion des magistrats à la rentrée judiciaire afin de décider des suites à donner à l’ensemble de ces dossiers.

Dans l’immédiat, le syndicat formule trois exigences : la tenue immédiate de la session ordinaire du CSM, l’adoption sans délai des textes d’application du statut des magistrats et la mise en œuvre effective de mesures de sécurisation des palais de justice. À travers ce communiqué, le SYNAMAG entend donc remettre la question des conditions d’exercice de la magistrature au cœur du débat, tout en appelant ses membres à la vigilance, à la cohésion et à l’exemplarité.

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