Société

Gabon : une redevance aéroportuaire déclenche la colère des compagnies aériennes

Une vive tension oppose désormais les autorités gabonaises de l’aviation civile à l’Association internationale du transport aérien (IATA). En cause : la révision récente de la redevance aéroportuaire passagers, dite R4, entrée en application le 26 février 2026. Selon nos confrères de GabonReview, dans une correspondance datée du 12 mars et adressée à l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), l’organisation internationale critique ouvertement les conditions de mise en œuvre de cette mesure.

Signée par Kamil Alawadhi, vice-président régional Afrique et Moyen-Orient de l’IATA, la lettre adopte un ton inhabituellement ferme. L’institution y exprime des préoccupations majeures, pointant à la fois des manquements aux règles internationales et des conséquences potentiellement lourdes pour l’ensemble du secteur aérien gabonais.

Sur le plan procédural, l’IATA rappelle que toute modification de redevance doit respecter les standards de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), notamment en matière de transparence et de concertation. Or, selon elle, les compagnies aériennes n’ont été ni consultées en amont, ni informées dans les délais requis. Le préavis réglementaire de quatre mois, censé permettre aux opérateurs d’anticiper et d’ajuster leurs tarifs, n’aurait pas été respecté.

Au-delà de la méthode, c’est également le manque de clarté qui est dénoncé. L’organisation regrette l’absence d’éléments concrets justifiant le niveau de la redevance, notamment en ce qui concerne le lien entre les montants exigés et les coûts réels des services aéroportuaires. Une opacité jugée problématique dans un secteur où la prévisibilité et la confiance sont essentielles.

La question de l’application de la taxe suscite aussi de vives critiques. En étant exigée en fonction de la date du voyage et non de celle de l’achat du billet, la R4 entraîne des situations de facturation rétroactive. Concrètement, des passagers ayant réservé avant son entrée en vigueur se voient réclamer un supplément imprévu. Pour l’IATA, cette pratique est non seulement inadaptée, mais elle place également les compagnies aériennes dans une position délicate, contraintes d’assumer des coûts qu’elles n’avaient pas intégrés.

Mais l’inquiétude de l’organisation ne s’arrête pas là. Elle met en garde contre un effet domino sur l’ensemble de l’économie. Une hausse des charges aéroportuaires se répercute généralement sur le prix des billets, ce qui peut freiner la demande, réduire le trafic et affecter la connectivité du pays. À terme, c’est l’attractivité du Gabon, notamment sur le plan touristique et économique, qui pourrait en pâtir.

Dans ce contexte, l’IATA formule une série de recommandations précises. Elle appelle à l’ouverture d’un dialogue structuré avec les acteurs du secteur, à une transparence accrue sur l’utilisation des fonds collectés depuis la création de la redevance en 2021, ainsi qu’à une harmonisation de son application dans l’ensemble des aéroports du pays. Elle insiste également sur le respect des délais réglementaires et demande, en priorité, la suspension de la mesure tant que les points de désaccord persistent.

Au-delà de ce différend, cette affaire met en lumière un enjeu plus large : celui de la gouvernance du secteur aérien au Gabon. Entre impératif de financement des infrastructures et respect des standards internationaux, l’équilibre reste fragile. La réponse des autorités gabonaises sera donc scrutée de près, tant par les compagnies aériennes que par les partenaires internationaux, dans un contexte où la crédibilité réglementaire devient un facteur clé de compétitivité.

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