Bilie-By-Nze : « Plus de 93 % des marchés publics ont été attribués de gré à gré »

Lors d’une conférence de presse tenue le 1er avril, Alain-Claude Bilie-By-Nze est monté au créneau sur la question sensible des marchés publics au Gabon. Le président d’Ensemble pour le Gabon (EPG) a vivement critiqué le recours massif aux procédures de gré à gré, qu’il estime incompatible avec les engagements de transparence affichés par les autorités.
Face aux journalistes, l’ancien Premier ministre a affirmé que « plus de 93 % des marchés passés dans notre pays » depuis septembre 2023 l’ont été sans appel d’offres. Selon lui, ces contrats représenteraient des montants colossaux, chiffrés en milliers de milliards de francs CFA, tout en restant largement opaques quant à leurs conditions d’attribution.
Dans un contexte marqué par de nombreux chantiers et investissements publics engagés depuis la Transition, cette situation soulève, d’après lui, de sérieuses interrogations. Bilie-By-Nze pointe notamment un manque de visibilité sur les montants exacts, les entreprises bénéficiaires et les modalités de sélection.
Une pratique assimilée à des dérives clientélistes
Le leader politique n’a pas mâché ses mots pour qualifier cette pratique. Il dénonce des marchés attribués « à des amis » ou « à des copains », évoquant des procédures réalisées sans études préalables ni garanties de financement.
Il oppose ainsi ces pratiques aux promesses initiales des autorités, qui avaient mis en avant la transparence, la bonne gouvernance et la fin des passe-droits. Pour lui, l’écart entre les discours et la réalité actuelle est manifeste.
Dans cette optique, il exige des clarifications précises : identification des marchés concernés, liste des entreprises attributaires, mais aussi divulgation des véritables propriétaires et dirigeants des sociétés impliquées. Une exigence qu’il inscrit dans une logique de lutte contre la corruption et de responsabilisation de l’action publique.
Transparence et pression financière en toile de fond
Au-delà du débat politique, Bilie-By-Nze inscrit cette problématique dans un cadre plus large, marqué par les contraintes économiques du pays. Il évoque notamment le contexte de relations avec le Fonds monétaire international (FMI), estimant qu’une telle opacité n’est pas soutenable dans la durée.
Selon lui, la question des marchés publics ne relève pas seulement de la gestion administrative, mais engage directement la crédibilité financière de l’État.
Un enjeu de gouvernance et de souveraineté
Pour l’ancien chef du gouvernement, le recours massif au gré à gré traduit un dysfonctionnement plus profond. Il y voit à la fois un problème de gouvernance, une faille éthique et une atteinte à la souveraineté budgétaire.
Son appel est clair : faire toute la lumière sur ces marchés afin d’éviter ce qu’il considère comme une banalisation des pratiques contestables. Dans cette perspective, il insiste sur le fait que la transparence ne peut être optionnelle dans une démocratie, mais constitue une exigence fondamentale.



