Journée nationale de la Femme : Entre défis et accomplissements

Ce 17 avril, le Gabon célèbre la Journée nationale de la Femme. Une date mémorable pour saluer les combats gagnés et mesurer le chemin parcouru. Mais derrière les discours officiels, une question demeure : où en sont vraiment les femmes gabonaises aujourd’hui ? Entre avancées réelles et obstacles tenaces, le bilan reste contrasté.
Évolution des lois en faveur des femmes
Le Gabon s’est doté d’un arsenal juridique renforcé contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité des droits. Depuis septembre 2021, la réforme du Code civil instaure l’autorité parentale conjointe : les mères gabonaises décident désormais à égalité avec les pères de l’éducation, la santé et l’avenir de leurs enfants.
C’est la fin juridique du modèle où l’homme était seul « chef de famille ». À côté, la loi n°006/2021 punit fermement le harcèlement sexuel au travail et reconnaît le viol conjugal. Cependant, l’enjeu est maintenant leur application sur le terrain.
L’entrepreneuriat féminin décolle
Du commerce au digital en passant par l’agriculture, les femmes créent, innovent et embauchent. Elles sont de plus en plus visibles à la tête de TPE et PME. Un dynamisme qui transforme l’économie réelle du pays, loin des projecteurs.
Les autorités ont entre autres créé la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), mise sur pied pour financer les projets des femmes et des jeunes, en leur facilitant l’accès au crédit, pour soutenir l’autonomie économique des femmes.
À l’exemple du Projet 19, « Femmes de champs et d’avenir dans le Bassin du Congo », porté par la Fondation Ma Bannière de la Première Dame, Zita Oligui Nguema, et l’OIF. Un atelier régional qui a réuni des jeunes femmes du Bassin du Congo pour faire de l’agriculture durable un levier d’autonomisation économique.
Entre formation aux filières agricoles et immersion à la ferme pédagogique Biwudji d’Alibandeng, l’objectif était de donner aux participantes les outils concrets pour lancer leur activité et passer de l’assistanat à l’indépendance.
Des femmes de pouvoir qui font bouger les choses
La Cinquième République a mis des femmes là où on ne les attendait pas, et ça change des choses concrètes.
D’abord Brigitte Onkanowa, première femme à la Défense nationale, impose un autre style de commandement et pousse la question des violences faites aux femmes militaires dans les casernes.
Ensuite Laurence Ndong, à la Communication puis à la Mer, a revalorisé les plus petits salaires de son ministère et a débloqué en urgence 400 millions FCFA pour sauver l’année scolaire de l’Institut Africain d’Informatique. Elle a également lancé le raccordement des villages coupés de la radio-télé pour que les femmes rurales aient enfin accès à l’information du pays.
Et il y a Zeinaba Gninga Chaning, à l’Entrepreneuriat, qui a facilité l’accès au crédit pour les PME dirigées par des femmes via la BCEG, avec des procédures simplifiées. Grâce à cela, des milliers de dossiers ont été financés en 2 ans.
Si ces dernières ont pu démontrer le pouvoir et le rôle crucial des femmes dans la République, il reste néanmoins beaucoup de maux qui minent toujours la scène nationale quant à la place des femmes aux hautes fonctions.
Diriger reste un combat
L’accès aux postes de décision demeure compliqué. Dans l’administration publique comme dans le privé, les femmes sont encore minoritaires aux plus hauts niveaux. Le plafond de verre n’a pas disparu.
« On nous félicite pour notre travail, mais pour les promotions, on choisit souvent un homme », confie Hélène, nom d’emprunt, cadre dans une banque à Libreville.
La double journée pèse toujours
Entre les obligations professionnelles, la gestion du foyer et l’éducation des enfants, la conciliation de la vie au travail et celle à la maison reste un défi quotidien pour des milliers de Gabonaises.
« Moi, j’ai souvent beaucoup de mal à joindre les deux, ma vie professionnelle et personnelle, parce que je gère presque tout seule. Et parfois, psychologiquement, c’est épuisant, surtout pour nous qui venons d’accoucher », explique Mirabelle, secrétaire de direction.
La Journée nationale de la Femme n’est pas qu’une célébration. C’est un miroir. Il reflète les avancées dont nous pouvons être fiers, et les chantiers qui nous attendent. Le 17 avril nous rappelle que le respect et l’égalité se construisent chaque jour, ensemble.



