Société

Gabon : le ministère de l’Intérieur met le directoire de l’EEG sur la touche

Crise de gouvernance, élection contestée et risques de troubles : le ministère de l’Intérieur a suspendu, à titre conservatoire, le directoire de l’Église Évangélique du Gabon. Le Révérend Jean Daniel Allogo Essimengane et son bureau sont désormais écartés de la gestion de l’EEG, en attendant une nouvelle procédure électorale.Le malaise au sein de l’Église Évangélique du Gabon franchit un nouveau cap. Alors que la contestation enfle autour du dernier renouvellement du bureau directeur, le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation a décidé de reprendre la main.

Dans une décision datée du 14 août 2026, le ministre suspend à titre conservatoire le directoire actuel de l’EEG. Une mesure exceptionnelle justifiée par les tensions ayant entouré le Synode National Ordinaire consacré au renouvellement des instances dirigeantes de l’Église.

Selon le ministère, les services de la Direction de la Sécurité publique des Forces de Police Nationale ont relevé des « risques avérés de troubles à l’ordre public » lors du processus électoral.

Une élection sous haute tension

La nomination du Révérend Jean Daniel Allogo Essimengane à la tête de l’EEG est directement contestée. Deux autres candidats à la présidence, les Révérends Isaïe Zue Moto et Moïse Ovono Menie, ont saisi les autorités pour demander l’annulation de cette nomination.

Une contestation qui, selon le ministère, ne relève plus seulement d’une querelle interne à l’Église. Les autorités évoquent en effet la possibilité de débordements, d’atteintes aux biens, à l’intégrité physique des personnes et de perturbations de la tranquillité publique. Autrement dit, le conflit de gouvernance au sein de l’EEG est désormais considéré comme suffisamment sensible pour justifier une intervention administrative.

Le directoire interdit de diriger

La sanction est immédiate : les membres du directoire suspendu ne peuvent plus exercer aucune fonction de direction ou de gestion au sein de l’Église. « Il est interdit à tout membre du directoire actuel d’organiser ou de participer à toute activité de direction ou de gestion au sein de l’Église Évangélique du Gabon », tranche la décision ministérielle.

Le ministère ne s’arrête pas là. Il demande aux Sages de l’Église de mettre en place une administration provisoire et collégiale, chargée d’assurer la gestion des affaires courantes. Cette structure aura surtout une mission lourde : remettre de l’ordre dans une gouvernance profondément contestée et préparer la désignation d’un nouveau bureau.

Trois mois pour sortir de la crise

L’administration provisoire disposera d’un délai maximal de trois mois pour organiser les consultations nécessaires à la constitution d’un nouveau bureau directeur. Une échéance courte, qui traduit l’urgence affichée par les autorités de sortir l’EEG de cette crise institutionnelle.

Pour le ministère, l’objectif est clair : empêcher que la bataille pour le contrôle de l’Église ne dégénère et préserver la paix au sein de cette importante communauté religieuse.

L’État appelle à l’apaisement

En intervenant directement dans la crise, le gouvernement rappelle également son rôle de garant de l’ordre et des libertés publics. Mais il invite les différentes factions de l’EEG à mettre fin à l’escalade. Le ministère appelle ainsi « l’ensemble des parties » à la sérénité afin de restaurer le calme au sein de l’Église et de préserver la quiétude des fidèles.

Une chose est désormais certaine : le dernier scrutin de l’EEG est loin d’avoir réglé la question de sa gouvernance. Au contraire, il aura ouvert une crise suffisamment profonde pour conduire à la suspension de tout un directoire et au retour, pour trois mois au moins, d’une administration provisoire.

La prochaine bataille se jouera donc autour de la composition de cette administration et, surtout, des conditions du prochain scrutin appelé à désigner les nouveaux dirigeants de l’Église Évangélique du Gabon.

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