Affaire SOBRAGA : l’AGASA dénonce une polémique relancée et rétablit les faits

Alors que les réseaux sociaux se sont récemment emparés d’une ancienne controverse liée à l’exportation de boissons produites par la SOBRAGA vers la France, l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA) est sortie de son silence pour apporter des clarifications et appeler à la prudence face à ce qu’elle considère comme une interprétation erronée des faits.
Dans un communiqué publié ce jour, l’AGASA dit avoir été surprise par la résurgence d’une affaire remontant à la période septembre-octobre 2024. À l’époque, plusieurs produits de la SOBRAGA exportés en France avaient fait l’objet de signalements de la part des autorités françaises, suscitant des interrogations sur leur conformité aux normes sanitaires en vigueur dans l’Union européenne.
Une affaire déjà traitée par les autorités gabonaises
Selon l’AGASA, le dossier n’a jamais été laissé sans suite. L’agence affirme s’être saisie de l’affaire dès son déclenchement et avoir conduit l’ensemble des investigations nécessaires. Les conclusions de ces travaux auraient d’ailleurs été présentées à l’importatrice concernée, Madame Marcelle Eyang Noutchet, lors d’une audience accordée par le Directeur général de l’agence le 21 mars 2025.
À l’issue des analyses menées sur la base des rapports des services compétents français et des tests réalisés dans des laboratoires partenaires, l’AGASA dit avoir établi plusieurs constats. Premièrement, certaines boissons commercialisées par la SOBRAGA, notamment Zombies, Banana Mama et Gin Tonic, contenaient des substances dont les seuils dépassaient les limites autorisées par la réglementation européenne. Une situation qui explique leur non-conformité sur le marché français. La boisson Sombreros, en revanche, n’était pas concernée par ces dépassements.
Deuxièmement, l’agence indique que le produit Whisky Cola relevait d’un régime fiscal particulier en France. Selon ses conclusions, l’importatrice aurait tenté d’éviter cette classification lors des formalités déclaratives auprès des services douaniers. Troisièmement, les boissons Kit Regab et Racines auraient été jugées non conformes à certaines exigences réglementaires françaises en raison de l’absence de numéros de lot permettant d’assurer leur traçabilité.
Conformes au Gabon, non conformes aux normes européennes
Le point central du communiqué réside toutefois dans la distinction opérée entre les normes sanitaires européennes et celles appliquées au Gabon. L’AGASA affirme que les analyses réalisées montrent que les boissons incriminées respectaient les normes du Codex Alimentarius, référentiel international élaboré sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ces normes constituent actuellement la référence réglementaire appliquée en République gabonaise.
Autrement dit, les produits concernés pouvaient être conformes à la réglementation gabonaise tout en ne répondant pas à certaines exigences plus strictes imposées par l’Union européenne. Une nuance importante qui, selon l’agence, a souvent été omise dans les débats récents.
Entre polémique sanitaire et différend commercial
Face à la multiplication des commentaires alarmistes sur les réseaux sociaux, l’AGASA estime que l’affaire est aujourd’hui présentée sous un angle trompeur. L’agence considère qu’il s’agirait davantage d’une opération commerciale ayant rencontré des difficultés réglementaires lors de son exportation vers la France que d’un véritable scandale de santé publique au Gabon. Cette position vise notamment à répondre aux inquiétudes de nombreux consommateurs gabonais qui, ces derniers jours, ont remis en question la qualité des produits commercialisés localement par la SOBRAGA.
Toutefois, cette communication ne mettra probablement pas fin au débat. Plusieurs internautes continuent de s’interroger sur le fait que des produits jugés non conformes à certaines normes européennes puissent rester autorisés à la consommation sur le marché national. Une interrogation qui relance plus largement la question de l’harmonisation des standards de qualité et de sécurité alimentaire entre les différents espaces économiques.
Un débat qui dépasse le cas SOBRAGA
Au-delà du cas particulier de la SOBRAGA, cette affaire met en lumière une réalité souvent méconnue : les normes alimentaires ne sont pas uniformes à l’échelle mondiale. Des produits parfaitement légaux dans un pays peuvent être interdits ou soumis à des restrictions dans un autre en raison de réglementations différentes concernant les additifs, les taux de sucre, les colorants, les conservateurs ou encore l’étiquetage.
En invitant les populations à ne pas céder à la « psychose » entretenue sur les réseaux sociaux, l’AGASA réaffirme son engagement à protéger la santé des consommateurs gabonais. Reste que cette polémique aura eu le mérite de remettre sur la table les questions de transparence, de contrôle qualité et d’information du public, des sujets qui concernent l’ensemble de l’industrie agroalimentaire nationale.
Au final, la sortie de l’AGASA apporte un éclairage important sur une affaire qui a souvent été résumée à tort comme un problème de santé publique. Les explications fournies tendent plutôt à démontrer l’existence d’un différend lié à des exigences réglementaires et commerciales propres au marché français.
Néanmoins, cette mise au point ne clôt pas totalement le débat. Car si les produits incriminés étaient conformes aux normes en vigueur au Gabon, la question de l’écart entre les standards appliqués localement et ceux exigés dans certains marchés internationaux reste entière. Pour de nombreux consommateurs, le véritable enjeu n’est pas seulement de savoir si un produit est légalement conforme, mais de comprendre pourquoi il est accepté dans un pays et rejeté dans un autre.
Cette affaire souligne ainsi la nécessité pour les autorités sanitaires, les industriels et les distributeurs de renforcer leurs efforts de transparence et de pédagogie afin que les citoyens disposent de toutes les informations nécessaires pour se forger leur propre opinion, loin des raccourcis et des emballements des réseaux sociaux.



