Pétrole : SOS Pétrolier brandit la menace d’une paralysie du secteur dès le 15 août

Le bras de fer se durcit dans le secteur pétrolier gabonais. Le Collectif SOS Pétrolier, qui rassemble principalement des travailleurs employés par des sociétés de prestation de services, menace de suspendre ses activités à compter du 15 août 2026 si les conclusions de la Commission du dialogue social dans les hydrocarbures ne sont pas concrètement mises en œuvre d’ici cette date.
Lors d’une déclaration publique la semaine dernière, le porte-parole du collectif, Zéphirin Obame, ancien salarié de SNPS, a prévenu que les travailleurs pourraient passer à une nouvelle phase de leur mobilisation. « Dès le 15 août 2026, si les procès-verbaux ne passent pas en application de manière concrète, nous n’allons plus apparaître devant vous. Nous n’allons plus rien vous dire. Mais les conséquences de ce que nous allons faire seront connues de tous les Gabonais, sur le plan national comme international », a-t-il averti.
Pour le collectif, cette échéance intervient après plusieurs mois de patience et de démarches auprès des autorités. SOS Pétrolier affirme avoir fait preuve de « patience, d’humilité, d’obéissance et de clémence », mais estime désormais que la situation ne peut plus rester en l’état.
Une commission dont les conclusions tardent à être appliquées
Créée par l’arrêté n°24 du 16 avril 2024, la Commission du dialogue social dans les hydrocarbures devait notamment permettre de traiter les difficultés rencontrées par les travailleurs « mis à disposition » au sein de plusieurs grandes compagnies pétrolières, notamment Assala, Perenco, TotalEnergies et Maurel & Prom.
Plus de deux ans après sa mise en place, le collectif déplore cependant l’absence de changements tangibles sur le terrain. SOS Pétrolier affirme que les procès-verbaux issus des travaux de la commission auraient été transmis au Vice-Premier ministre, sans toutefois avoir fait l’objet d’une publication ni d’une mise en application effective. Cette situation nourrit le sentiment de frustration des travailleurs, qui dénoncent ce qu’ils qualifient de « laxisme total » et estiment que les engagements pris n’ont pas produit les résultats attendus.
Assala particulièrement dans le viseur
Parmi les entreprises citées par le collectif, Assala fait l’objet de critiques particulièrement appuyées. SOS Pétrolier rappelle que le président de la République avait annoncé, le 18 mars 2024 à Port-Gentil, la volonté de mettre un terme au système de prestation au profit de l’embauche directe des travailleurs gabonais.
Or, selon le collectif, Assala continuerait de recourir à des appels d’offres destinés aux sociétés prestataires. Pour Zéphirin Obame, cette situation est difficilement compatible avec les orientations annoncées par les autorités. « Assala, société gabonaise, devait être un modèle. Elle s’obstine à ne pas se soumettre à la loi gabonaise, et ce, sous les yeux de la Commission », dénonce le collectif.
SOS Pétrolier estime également que la situation sociale dans le secteur continue de se détériorer, évoquant notamment une multiplication des licenciements. Une évolution jugée préoccupante dans une industrie qui, selon le collectif, représente environ 60 % de l’économie nationale.
Un appel direct au chef de l’État
Face à ce qu’il considère comme une absence de réponse institutionnelle, le collectif a donc fixé le 15 août 2026 comme date butoir. SOS Pétrolier interpelle directement le président Brice Clotaire Oligui Nguema, en rappelant les engagements pris au lendemain du « coup de la libération », notamment en matière de restauration des institutions et de défense de la dignité des travailleurs gabonais.
Pour le collectif, l’exécutif doit désormais démontrer que les travaux de la Commission du dialogue social ne sont pas restés au stade des discussions et que ses conclusions peuvent effectivement déboucher sur des mesures concrètes. Créé en janvier 2026, SOS Pétrolier entend défendre les intérêts de travailleurs qui considèrent leurs droits comme gravement lésés par les mécanismes de mise à disposition du personnel et, plus largement, par certaines pratiques qu’ils assimilent à de « l’exploitation humaine ».
Le mouvement affirme vouloir redonner de la force et de la crédibilité à la mobilisation des travailleurs du secteur pétrolier, avec pour ambition de faire progresser la justice sociale dans une industrie considérée comme stratégique pour l’économie gabonaise. À quelques jours de l’échéance annoncée, la balle est désormais dans le camp des autorités. La réponse qui sera apportée aux revendications du collectif pourrait déterminer la suite du mouvement et, potentiellement, l’activité d’un secteur essentiel à l’économie nationale.



