Déchets à Libreville : la mairie durcit le ton et annonce une brigade contre les dépôts anarchiques

Après l’interpellation des autorités municipales lors de la récente visite du chef de l’État dans plusieurs quartiers de Libreville, la mairie annonce un renforcement du dispositif de contrôle des dépôts d’ordures. Dans un communiqué publié le 13 août 2026, le maire Eugène M’ba rappelle les règles applicables aux déchets ménagers et prévient les contrevenants qu’ils s’exposent désormais aux sanctions prévues par la législation.
La mairie de Libreville veut manifestement franchir un nouveau cap dans la lutte contre l’insalubrité. Face à la persistance des dépôts sauvages d’ordures dans plusieurs quartiers de la capitale, l’édile Eugène M’ba a décidé de rappeler aux populations leurs obligations en matière de gestion des déchets ménagers.
Dans un communiqué rendu public le 13 août, la municipalité indique que les habitants doivent se conformer aux dispositions de l’arrêté n°0461/PE/CL/SG/DCAJC du 28 septembre 2022. Le texte prévoit notamment que les ordures ménagères soient conditionnées dans des sacs poubelles fermés avant leur évacuation.
La mairie précise également que le dépôt doit intervenir au moment du passage des équipes de collecte, entre 18 heures et 21 heures. Une organisation destinée, selon la municipalité, à limiter la présence prolongée des déchets sur la voie publique et les nuisances qui en découlent.
De la sensibilisation à la sanctionLe changement de ton est surtout perceptible dans la menace de sanctions. La mairie rappelle que le non-respect des règles établies peut entraîner des poursuites conformément aux textes en vigueur.
Cette annonce ne signifie toutefois pas que de nouvelles infractions viennent d’être créées. La municipalité entend plutôt renforcer l’application de règles déjà existantes. L’enjeu sera donc moins celui de l’édiction de nouvelles normes que de leur contrôle effectif et de leur mise en œuvre sur le terrain.
Pour y parvenir, une Brigade municipale doit être mise en place. Elle aura notamment pour mission de constater et de réprimer les infractions liées à la gestion et au dépôt des déchets ménagers.
Cette évolution traduit la volonté de la mairie de s’attaquer davantage au volet comportemental de l’insalubrité. Car si les capacités de collecte constituent une composante essentielle du problème, les pratiques de certains habitants, dépôts en dehors des horaires, abandon des sacs sur la voie publique ou constitution de dépotoirs spontanés, contribuent également à la dégradation du cadre de vie.
Une responsabilité qui ne peut cependant pas reposer uniquement sur les habitants
Le rappel à l’ordre municipal intervient dans un contexte où la question de l’insalubrité est devenue particulièrement visible dans la capitale. Quelques jours avant la publication du communiqué, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait effectué une tournée dans plusieurs arrondissements de Libreville. La situation de certains quartiers, notamment à Nzeng-Ayong, dans le sixième arrondissement, avait alors suscité des interpellations à l’endroit des responsables municipaux.
La réaction de la mairie s’inscrit donc dans une volonté plus large de répondre aux préoccupations liées à l’état de la capitale. Mais l’efficacité de cette nouvelle stratégie dépendra aussi de la capacité des pouvoirs publics à agir sur l’ensemble de la chaîne de gestion des déchets.
En effet, responsabiliser les populations ne saurait suffire si les dispositifs de collecte ne sont pas réguliers, accessibles et suffisamment adaptés au volume de déchets produit par la ville. À l’inverse, une amélioration de la collecte risque de produire des résultats limités si certains usagers continuent de déposer leurs déchets en dehors des points et horaires prévus.
Des déchets spécifiques soumis à un autre régime
La mairie rappelle par ailleurs que tous les déchets ne relèvent pas du circuit ordinaire de collecte des ordures ménagères. Les déchets issus des activités commerciales ou industrielles, ainsi que les déchets biomédicaux, doivent être pris en charge par des prestataires agréés. Leur traitement obéit à des exigences spécifiques en raison notamment des risques sanitaires et environnementaux qu’ils peuvent présenter.
Ce rappel vise à éviter que des déchets ne relevant pas de la collecte ménagère se retrouvent dans les circuits classiques ou dans les espaces publics.
Le véritable test sera celui de l’application
En annonçant une brigade dédiée aux infractions relatives aux déchets, la mairie de Libreville affiche une volonté de passer d’une logique essentiellement incitative à un dispositif davantage fondé sur le contrôle et la sanction.
Reste à déterminer les modalités concrètes de fonctionnement de cette brigade : moyens humains, capacité de constatation des infractions, procédure applicable aux contrevenants et articulation avec les autres services compétents. Autant de paramètres qui conditionneront la portée réelle de l’annonce.
La propreté de Libreville repose en définitive sur une responsabilité partagée. Les habitants doivent respecter les règles de dépôt et de collecte, tandis que les autorités doivent garantir un service suffisamment régulier et efficace pour permettre leur respect.
La mairie résume cette approche dans son communiqué en rappelant que « l’hygiène et la propreté de la Ville sont l’affaire de tous ». Une formule désormais confrontée à un enjeu concret : transformer le rappel des règles en changement durable des pratiques et, surtout, en amélioration visible du cadre de vie des Librevillois.



