Gabon : salaires en retard et tension financière, la ZIS de Nkok au bord du mouvement d’humeur

La situation financière de l’Autorité administrative de la Zone d’investissement spéciale (ZIS) de Nkok susciterait une inquiétude croissante au sein du personnel. En cause : des difficultés persistantes dans le reversement de la quote-part de 20 % des recettes issues de son activité, qui auraient commencé à fragiliser sa trésorerie depuis 2025. À ce jour, près de deux mois de rémunérations seraient dus aux agents, alors que les dépenses de fonctionnement continuent de s’accumuler. Une situation qui pourrait déboucher sur un mouvement d’humeur dans les prochains jours et perturber le fonctionnement de cet important pôle de l’écosystème industriel gabonais.
À la ZIS de Nkok, la tension ne serait plus uniquement financière. Elle prendrait désormais une dimension sociale. Selon plusieurs sources concordantes consultées par notre rédaction, parmi lesquelles des employés et des personnes proches de l’administration publique, l’Autorité administrative de la zone connaîtrait depuis 2025 des difficultés récurrentes liées au reversement des ressources qui doivent contribuer à son fonctionnement.
Placée sous la direction de l’Administrateur général Serge Samy Biveghe, la structure serait aujourd’hui confrontée à une trésorerie particulièrement tendue. Conséquence directe évoquée par nos sources : les salaires des agents ne seraient plus régulièrement assurés et atteindraient désormais près de deux mois d’arriérés.
À cette situation s’ajouteraient des difficultés concernant le règlement de plusieurs dépenses courantes. De quoi alimenter une frustration grandissante chez les travailleurs, qui pourraient décider d’exprimer leur mécontentement dans les prochains jours si aucune issue n’est trouvée.
Un mécanisme financier qui se grippe
L’origine de la difficulté se trouverait dans le mécanisme de financement de l’Autorité administrative. Dans le cadre de ses activités au sein de la ZIS de Nkok, une quote-part correspondant à 20 % des recettes générées par son activité doit lui revenir pour contribuer au financement de son fonctionnement.
Le problème, selon les informations recueillies, résiderait dans la régularité de ce reversement. Depuis 2025, les ressources attendues ne seraient pas transférées dans des conditions permettant à l’Autorité administrative de disposer d’une trésorerie suffisante.
La conséquence est particulièrement paradoxale : une structure qui participe à l’activité économique et à la mobilisation de recettes se retrouve elle-même privée d’une partie des ressources nécessaires à son fonctionnement. Ce dysfonctionnement financier pourrait ainsi avoir des répercussions bien au-delà des seuls comptes de l’administration.
Une question de circuit et de gouvernance
La situation soulève également des interrogations sur le circuit de collecte, de gestion et de redistribution des recettes concernées. L’Autorité administrative dispose d’une autonomie de gestion et son fonctionnement repose notamment sur des ressources encadrées par des dispositions spécifiques. Dans ces conditions, les retards observés dans le reversement de la quote-part posent la question de l’efficacité du mécanisme actuellement en place.
Selon nos informations, des réflexions seraient en cours au niveau des administrations financières afin de mettre en place ou d’adapter un dispositif permettant de fluidifier les reversements. Mais pour les agents, l’enjeu est désormais immédiat. Chaque semaine supplémentaire sans solution accroît le risque d’une dégradation du climat social.
Le personnel arrive au point de rupture
Le non-paiement des salaires constitue aujourd’hui le principal facteur de tension. Près de deux mois d’arriérés représenteraient une difficulté importante pour les agents et leurs familles, mais aussi pour une structure dont les missions nécessitent une présence administrative et opérationnelle permanente.
D’après les informations recueillies, l’hypothèse d’un mouvement d’humeur serait désormais sérieusement envisagée. Si cette mobilisation devait effectivement avoir lieu, elle pourrait se traduire par un ralentissement, voire une interruption temporaire de certaines activités de l’Autorité administrative. Une telle situation pourrait affecter indirectement les opérateurs économiques installés dans la zone, en fonction des services concernés.
Nkok face au risque d’un effet domino
L’enjeu dépasse donc désormais la seule question des rémunérations. La ZIS de Nkok constitue l’un des principaux espaces industriels du pays et accueille de nombreux opérateurs. Le fonctionnement de son administration participe à la coordination et à l’encadrement de plusieurs activités essentielles à la vie économique de la zone.
Une paralysie, même partielle, pourrait par conséquent entraîner des perturbations en chaîne : traitement des dossiers, accompagnement des entreprises, procédures administratives ou encore mobilisation de certaines recettes. Le scénario le plus préoccupant serait celui d’une crise qui s’installe dans la durée. Une trésorerie insuffisante pourrait limiter les capacités opérationnelles de l’Autorité administrative, tandis qu’une baisse d’activité pourrait à son tour affecter sa capacité à générer des ressources.
Le paradoxe d’une administration fragilisée par ses propres recettes
C’est précisément ce paradoxe qui mérite d’être interrogé. Si les éléments rapportés se confirment, la difficulté actuelle ne serait pas liée à une absence d’activité de la ZIS de Nkok, mais à un problème de disponibilité et de circulation des ressources devant permettre à son administration de fonctionner.
Autrement dit, le problème ne serait pas nécessairement celui de la création de recettes, mais celui de leur reversement effectif et dans les délais nécessaires. Cette situation pose donc une question de gouvernance financière : comment garantir qu’un mécanisme conçu pour assurer l’autonomie de fonctionnement d’un outil public ne devienne pas, à terme, un facteur de fragilisation de celui-ci ?
Une urgence à traiter avant la crise sociale
Pour les autorités compétentes, l’urgence semble désormais double : apurer les éventuels arriérés de salaires et sécuriser durablement le mécanisme de financement de l’Autorité administrative. Car un règlement ponctuel de la dette salariale ne suffirait pas si les difficultés de reversement devaient se reproduire.
Le gouvernement devra donc, s’il confirme la réalité de ces difficultés, s’attaquer à la cause du problème plutôt qu’à ses seules conséquences. La situation de la ZIS de Nkok illustre en effet une difficulté plus large de gestion publique : il ne suffit pas de créer des mécanismes destinés à générer des recettes ; encore faut-il que les structures chargées de les mobiliser disposent effectivement, et à temps, des moyens nécessaires pour accomplir leurs missions.
À l’heure où le Gabon cherche à renforcer ses recettes, à développer l’industrie et à améliorer l’environnement des investisseurs, laisser s’installer une crise sociale au sein de l’administration d’un tel pôle industriel comporterait un risque difficilement justifiable. La balle est désormais dans le camp des autorités financières et administratives. Il leur appartient de clarifier le circuit des ressources, de régulariser la situation des agents et surtout d’éviter qu’un problème de trésorerie ne se transforme en crise opérationnelle au cœur de Nkok.



