
Selon le dernier Recensement Général des Entreprises, 80 % des acteurs du secteur informel gabonais sont étrangers. Une réalité statistique qui pulvérise le mythe de l’économie de proximité comme refuge naturel pour les nationaux.

Les données du Recensement général des entreprises (RGE) mené fin 2023 par la Direction générale de la statistique révèlent une réalité jusqu’ici passée sous silence.
Selon les informations publiées par Direct Info Gabon ce mercredi, sur près de 200 000 opérateurs économiques recensés dans l’informel gabonais, environ 160 000 sont étrangers, contre à peine 40 000 Gabonais.
Un ratio écrasant de 80 % qui interroge frontalement.

Présenté discours après discours comme le filet de sécurité des ménages modestes et le canal d’insertion privilégié pour la jeunesse sans emploi formel, le secteur informel échappe en réalité très largement aux citoyens locaux.
Pourtant, 62,9 % des entreprises recensées en relèvent, pour une contribution estimée à 35 % du PIB. Mais à qui profite réellement cette valeur générée au quotidien ?
Dans un pays de 2,5 millions d’habitants où le chômage des jeunes dépasse le seuil critique des 36 %, cette éviction de fait pose question.

Elle s’explique en grande partie par la force des réseaux communautaires expatriés (accès au micro-crédit informel via les tontines, solidarité à l’installation, filières d’approvisionnement directes), face auxquels le jeune entrepreneur gabonais se retrouve isolé et privé de financement.
Alors que les autorités multiplient les annonces de « préférence nationale » pour réserver certains petits métiers aux citoyens, ce verrouillage statistique rappelle que restreindre l’accès aux acteurs étrangers ne suffira pas à créer des vocations.
Sans accompagnement financier, structuration des filières et changement de modèle, la réappropriation de l’économie de proximité restera un voeu pieux.



