Gabon : trois ans après sa chute, Ali Bongo confie l’avenir du pays à Dieu

À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Gabon, Ali Bongo Ondimba est sorti de sa réserve. Dans un message publié le 17 août 2026, l’ancien président de la République s’est adressé aux Gabonais, près de trois ans après son renversement par les militaires. Il annonce notamment qu’il ne briguera plus aucun mandat électif et dit vouloir désormais contribuer autrement à la vie du pays.
Trois ans après avoir été évincé du pouvoir, Ali Bongo Ondimba a choisi la fête nationale pour reprendre publiquement la parole. L’ancien chef de l’État, qui s’exprime désormais en qualité de président du Parti démocratique gabonais (PDG), a adressé un message aux Gabonais placé sous un titre évocateur : « Le Gabon nous dépasse tous ».
D’emblée, l’ancien président reconnaît que sa position a changé. « Cette année, je m’adresse à vous d’une place différente de celle depuis laquelle je l’ai fait pendant de nombreuses années », écrit-il, avant de rappeler que les fonctions politiques sont appelées à disparaître, contrairement à l’attachement à la nation.
« Je place désormais l’avenir du Gabon entre les mains de Dieu »
Sans revenir longuement sur les circonstances de son départ du pouvoir, Ali Bongo dit être attentif aux critiques et aux commentaires qui continuent de le viser. Il affirme avoir « pris acte, une fois pour toutes, de ce qui s’est passé » et assure ne nourrir qu’un souhait pour le pays : « Mon seul souhait, ma seule prière, est que notre pays avance, Inch’Allah. Je place désormais l’avenir du Gabon entre les mains de Dieu tout-puissant ».
L’ancien président dit également mesurer les difficultés auxquelles sont confrontées certaines familles gabonaises. Il évoque les interrogations, les inquiétudes et les témoignages qui lui parviennent, tout en appelant ses compatriotes à ne pas perdre confiance dans leur pays.
Ali Bongo renonce à tout nouveau mandat
L’un des passages les plus significatifs de son message concerne son avenir politique. Ali Bongo affirme sans ambiguïté qu’il ne cherchera plus à exercer de mandat électif. « Je ne solliciterai plus de mandat électif », annonce-t-il.
Pour autant, l’ancien président ne présente pas cette décision comme un retrait total de la vie politique. Il dit vouloir continuer à mettre son expérience au service du Gabon, notamment à travers la transmission, le conseil et l’accompagnement d’une nouvelle génération de responsables.
Son ambition affichée est désormais de contribuer à la reconstruction du pays et de favoriser l’émergence de femmes et d’hommes capables d’exercer des responsabilités avec compétence et sens de l’intérêt général.
Le PDG appelé à se réinventer
Ali Bongo adresse également un message à son parti, le PDG, formation politique fondée en 1968 et longtemps au cœur du pouvoir gabonais. L’ancien chef de l’État estime que le parti doit désormais engager une profonde transformation.
Il appelle notamment à davantage d’écoute envers les Gabonais, à tirer les enseignements de son propre parcours et à participer à l’émergence d’une opposition qu’il veut « responsable » et capable de proposer une alternative crédible. Une évolution notable pour une formation qui, pendant plusieurs décennies, a exercé le pouvoir au Gabon.
Un appel particulier à la jeunesse
La jeunesse occupe également une place importante dans le message de l’ancien président. Ali Bongo l’encourage à ne pas craindre l’avenir et à prendre toute sa place dans la construction du pays. Il l’invite notamment à se former, à s’engager, à débattre, à proposer et à construire.
Son message se termine par un appel à l’unité nationale, en référence à l’hymne du Gabon, La Concorde. Pour Ali Bongo, le pays ne peut surmonter ses épreuves que par l’union de ses citoyens et non par leurs divisions.
De la présidence au retrait politique
Ali Bongo Ondimba avait accédé à la présidence de la République en 2009, après la disparition de son père Omar Bongo Ondimba, qui avait dirigé le Gabon pendant 41 ans. Réélu en 2016 puis en 2023, dans des scrutins contestés par l’opposition, il avait été victime d’un AVC en 2018, dont les conséquences avaient durablement marqué son second mandat.
Le 30 août 2023, quelques minutes après l’annonce de sa réélection, un groupe de militaires dirigé par le général Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé l’annulation du scrutin et la fin du régime en place. Ali Bongo a alors été placé en résidence surveillée, mettant un terme à 56 années de pouvoir de la famille Bongo.
Une période de transition s’est ensuite ouverte avant l’élection de Brice Clotaire Oligui Nguema à la présidence de la République en avril 2025. En septembre 2024, un an après sa chute, Ali Bongo avait déjà annoncé son retrait de la vie politique dans une lettre adressée aux Gabonais, dans laquelle il présentait notamment ses excuses et appelait à la réconciliation nationale.
Un retour discret sur la scène publique
Son message du 17 août 2026 marque donc une nouvelle prise de parole, sans revendication de retour au pouvoir ni remise en cause du régime actuel. Dans le même temps, son épouse Sylvia Bongo Ondimba s’est également exprimée à travers un message de compassion adressé à la famille de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, actuellement détenu dans le cadre d’une affaire portant sur une dette de 5 millions de FCFA datant de 18 ans.
Trois ans après la fin brutale de son règne, Ali Bongo semble ainsi vouloir inscrire son action dans un autre registre : celui de la transmission, de l’accompagnement politique et de la foi, tout en affirmant renoncer définitivement à solliciter un nouveau mandat électif.



