National Foot 1 : les clubs réclament leurs 20 millions et menacent un arrêt du championnat

À quelques journées de la fin du National Foot 1, le football gabonais est confronté à une nouvelle zone de turbulence. Les clubs de première et deuxième divisions attendent toujours le versement de la troisième tranche de la subvention de l’État, estimée à 20 millions de FCFA par club. Face à ce retard, certains dirigeants n’excluent plus un arrêt du championnat, dénonçant des difficultés financières devenues insoutenables.
Une dépendance financière vieille de plus d’une décennie
Depuis la professionnalisation du championnat gabonais en 2012-2013, l’État est devenu le principal soutien financier des clubs. Chaque saison, des subventions sont accordées afin de permettre aux équipes de couvrir leurs dépenses de fonctionnement, notamment les déplacements, l’hébergement, les équipements et diverses charges administratives.
Pour l’exercice 2025-2026, le ministre des Sports, Paul Kessany, avait annoncé un paiement en trois tranches pour les clubs de première et deuxième divisions. Deux versements ont effectivement été réalisés.
Mais à l’heure où le championnat s’apprête à entrer dans son sprint final, la troisième tranche se fait toujours attendre. Une somme estimée à 20 millions de francs CFA par club.
Des clubs au bord de l’asphyxie
Sur le terrain, les matchs continuent. Dans les bureaux des dirigeants, en revanche, l’inquiétude gagne du terrain.
Les dépenses ne s’arrêtent pas parce que les subventions tardent. Bien au contraire. Plus la saison avance, plus les besoins financiers augmentent. Entre les voyages, les regroupements, les frais d’organisation et les obligations contractuelles, plusieurs clubs affirment éprouver les plus grandes difficultés à maintenir leurs activités.
Pour certains responsables, la situation est devenue intenable.
Ce retard de paiement intervient surtout dans un contexte où la majorité des clubs ne disposent pas de véritables partenaires privés capables de compenser les manquements financiers. Résultat : lorsque l’État tarde, c’est tout l’édifice qui vacille.
« C’est l’éternel problème »
Invité sur le plateau de l’émission L’Union Sport, Landry Nkeyi, président d’Oyem AC et président de l’Association des clubs de première et deuxième division du Gabon, a dressé un constat sans détour.
« C’est l’éternel problème. Chaque année, on commence et pour terminer c’est difficile. Je voulais remercier les acteurs, les joueurs, qui continuent de jouer le jeu. Nous avons perçu deux tranches sur trois. Le ministre a dit qu’il fallait justifier l’utilisation des deux premières tranches pour avoir la troisième tranche. Les clubs travaillent dessus pour apporter les justificatifs. Le Canon 105 a apporté ses justificatifs depuis deux semaines mais n’a toujours pas perçu ses sous. »
À travers cette déclaration, c’est toute la frustration des dirigeants qui transparaît. Car selon eux, les clubs ont respecté les exigences demandées par le ministère. Pourtant, les fonds attendus n’ont toujours pas été débloqués.
La menace d’un arrêt du championnat
La situation pourrait désormais prendre une tournure beaucoup plus inquiétante.
Selon Landry Nkeyi, plusieurs clubs lui ont déjà fait part de leur mécontentement et réclament une réaction collective face à ce qu’ils considèrent comme une impasse.
« Les clubs m’ont interpellé et, dans les prochains jours, nous allons nous réunir. Il n’est pas concevable qu’on termine le championnat ainsi. »
Puis cette phrase lourde de sens :
« On ne peut pas terminer s’il n’y a pas la troisième tranche. »
Derrière ces mots se cache une menace à peine voilée : celle d’un boycott ou d’un arrêt des compétitions avant leur terme.
Une éventualité qui constituerait un véritable séisme pour le football gabonais.
La Linafp et le ministère des sports face à leurs responsabilités
À mesure que les jours passent, la pression s’intensifie sur les autorités sportives.
La Linafp est désormais appelée à porter les préoccupations des clubs auprès du ministère des Sports afin d’éviter une crise majeure. Car au-delà de la question des 20 millions de francs CFA restants, c’est la crédibilité de toute l’organisation du championnat qui est aujourd’hui en jeu.
Pendant que les joueurs continuent d’honorer leurs engagements sur les terrains, les dirigeants, eux, attendent toujours que les promesses se transforment en actes.
Si aucune solution n’est trouvée rapidement, le football gabonais pourrait assister à un scénario embarrassant : voir son championnat se rapprocher de la ligne d’arrivée sans être certain de pouvoir la franchir.


